Histoire et Origine de la Chemise Polo

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L’élégance tient d’abord à une bonne adaptation des vêtements à la situation, aux circonstances. – René Lacoste

Bien que le polo soit une pièce récente et déjà un incontournable du vestiaire masculin, ses origines portent à controverse. Certains croient que l’histoire remonte aux années 1800, alors qu’il me semble qu’il fasse la confusion, simple mais compréhensible, entre l’appellation d’un nouveau type de chemise, à pointes de col boutonnées inspiré par des joueurs de polo l’ayant conçu, et l’appellation d’un nouveau type de chemises à col boutonné, conçu par un célèbre joueur de tennis et porté par des sportifs, dont des joueurs de polo ! Vous me suivez ? Non ? Voyons avec quelques explications supplémentaires.

Le polo au XIXe siècle

Aujourd’hui icône du style américain, le polo est inventé en Inde dans l’état du Manipur, dans le Nord-Est du pays où sont stationnés les soldats de l’armée britannique. En fait, le sport du polo, étroitement associé à la haute société britannique, est également originaire de l’Inde. Alors qu’ils visitent ce pays dans les années 1850, les soldats britanniques voient des joueurs indiens de polo porter des vêtements spécifiques pour ce jeu : une chemise en coton à manches longues avec des boutons sur les pointes de col. La fonction des boutons sur les cols est d’empêcher que leurs pointes ne se rabattent sur leur visage quand ils galopent sur le terrain. Les soldats apprécient tellement ce jeu qu’ils mettent immédiatement en place un club de polo. Le sport grandit en popularité avec les hommes de l’armée et les planteurs de thé britanniques. La chemise, ainsi que le sport pour lequel elle a été créée est introduite pour intégrer la société britannique en 1862 avec le retour des troupes en Angleterre.

À la fin des années 1800, John E. Brooks, le petit-fils de la marque de vêtements américain Brooks Brothers, part en Angleterre pour un voyage d’affaires. Pendant un match de polo, il voit cette chemise inhabituelle avec ses pointes de col boutonnées. Impressionné, il rapporte cette idée aux États-Unis en 1896 et commence à vendre dans son magasin des chemises habillées à col boutonné en tissu oxford. Ces chemises deviennent rapidement populaires, et sont encore à ce jour, l’un des modèles emblématiques de l’établissement. Brooks Brothers est donc la première marque à avoir popularisé ce modèle. D’ailleurs, si on l’appelle désormais communément « button-down shirt », son nom en interne est resté « polo shirt original ». Ceci est donc surtout l’histoire de la naissance de la chemise à pointes de col boutonné, mais elle sera éternellement rattachée à la pratique du polo et nommée par les anglo-saxons « polo-shirt ».

Le polo dans les années 1920

Le polo, tel qu’on le connait aujourd’hui, est créé et démocratisé dans les années 1920 par le joueur de tennis français René Lacoste. À cette époque, pour des besoins d’appartenance à la haute société, le tennis impose un dresscode chic plutôt que fonctionnel. Cet « uniforme » que tous les joueurs de tennis doivent porter, est particulièrement inconfortable. Blanc de la tête aux pieds, il est constitué d’une chemise boutonnée à manches longues qu’ils retroussent durant le jeu et d’un pantalon en flanelle ample.

En 1926, insatisfait de ces chemises de tennis rigides, René Lacoste conçoit une alternative qui correspond parfaitement à ses besoins. À la recherche d’un vêtement confortable et élégant, il s’inspire de la tenue des joueurs de polo londoniens pour créer une chemise à manches courtes pourvue d’un col souple, d’une boutonnière raccourcie et d’un pan dans le dos plus long afin qu’elle tienne mieux dans le pantalon. Autre innovation importante, cette chemise est réalisée dans un coton appelé « jersey petit piqué ». Grâce à son tissage particulier, elle est très agréable à porter en raison de sa légèreté et de sa capacité d’absorption de la transpiration. À l’occasion de l’US Open – qu’il remporte – il utilise son statut de numéro un mondial pour porter sa création pour la première fois. Cette chemise sera une révolution vestimentaire pour les sportifs. En effet, intrigués, les autres joueurs de tennis ne tardent pas à demander au français d’essayer cette nouvelle chemise. Les autres sportifs s’y intéressent également, notamment les joueurs de polos qui apprécient particulièrement le col : d’une certaine tenue malgré sa souplesse, ils le relèvent afin de ne pas attraper de coups de soleil dans la nuque. Les joueurs de polo portent la chemise de Lacoste si souvent que tout le monde, y compris les joueurs de tennis, commencent à s’y référer comme une chemise « polo ».

Le tout premier crocodile est dessiné par un styliste nommé Robert George, un ami de René Lacoste. Il le fait broder en quarante-six couleurs sur la poitrine de son blazer blanc qu’il arbore dès l’année suivante et avant chaque match. L’animal – futur icône de la marque – a été choisi par René Lacoste en 1923, en référence à son surnom « le Crocodile ». Alors qu’il se promène avant le match qu’il doit disputer l’après-midi dans les rues de Boston, son capitaine d’équipe, Alan Muhr, voyant dans une vitrine une valise en peau de crocodile, lui lance un pari : si René gagne le match, Alan la lui offrira. Malgré sa défaite, l’anecdote parvient aux oreilles du journaliste Georges Carens, qui s’en inspire pour écrire son article dans le Boston Evening Transcript : « Le jeune Lacoste n’a pas gagné sa valise en crocodile », résume-t-il « mais il s’est battu comme un vrai crocodile : il n’a jamais lâché sa proie ». Après Jean Borotra « le Basque rebondissant », Henri Cochet « le magicien », Jacques Brugnon « Toto », le quatrième mousquetaire du tennis français a trouvé son surnom !

Le polo dans les années 1930

En 1933, voyant le succès de ses chemises, René Lacoste lance la première production industrielle de polos Lacoste. Avec son ami et important fabricant de tricots André Gillier, ils fondent La Société Chemise Lacoste. Le créateur montre une forte exigence dans la création de son invention et fait faire de nombreux prototypes. Le produit est baptisé L.12.12, (L pour Lacoste, 1 pour désigner la matière, à savoir le coton petit piqué, 2 pour le modèle à manches courtes, 12 pour le nombre d’essais avant de parvenir au produit choisi). Enfin « La Chemise Lacoste » est né avec un modèle semblable à celui porté par le joueur et orné d’un crocodile. On considère que c’est le premier produit publicitaire porté par les sportifs à ce jour.

La fabrication du polo Lacoste

La confection d’un polo « L.12.12 » découle d’un long et rigoureux processus industriel. Tout commence par le choix de la matière première, avec l’un des meilleurs cotons d’Égypte ou du Pérou. Le polo a de tous temps été produit à la main, à l’exception du tricotage et de la teinture. La coupe, la broderie, l’assemblage, le pliage et le repassage sont fait à la main. Le polo Lacoste est fabriqué en trois étapes :

• Première étape : le tricotage

Constitué de fines mailles alvéolées, le petit piqué – une maille développée par René Lacoste et André Gillier – est la matière emblématique du polo Lacoste. Le petit piqué est obtenu à partir de longues fibres de coton des plus flexibles et résistantes au monde. Chaque polo est fabriqué à partir de coton issu du même lot. Chaque lot est testé afin d’assurer qu’il corresponde aux plus hauts standards de qualité. Le fil est ensuite soigneusement tricoté sur plusieurs métiers différents. La préparation de chaque métier à tricoter nécessite deux ou trois heures. Pour amplifier la résistance des polos, deux fils sont assemblés avant l’étape de tricotage puis les fils de coton sont tricotés pour créer des milliers de petites alvéoles qui permettent à l’air de passer. Les alvéoles du coton tissé forment un V. Ensemble, elles créent l’apparence maillée du petit piqué. Vingt-cinq km de fil sont nécessaires pour fabriquer un polo L.12.12 taille L.

• Deuxième étape : la teinture

L’étape de teinture dure en moyenne neuf heures, toutes les pièces d’un même article étant teintes en même temps afin de garantir une homogénéité des couleurs. La quantité de teinture utilisée diffère d’une couleur à l’autre. Les couleurs sombres nécessitent davantage de teinture que les couleurs claires. Cette différence peut expliquer le léger changement de poids entre les polos sombres et les polos clairs. Aujourd’hui, le polo Lacoste est disponible en quarante nuances différentes.

• Troisième étape : l’assemblage

Chaque polo est assemblé manuellement par un groupe d’opérateurs. Sur l’épaule et le col, une tresse est cousue afin de parfaire sa finition et d’en préserver la forme. Chaque bouton en nacre est posé manuellement sur la machine à coudre pour s’assurer qu’il soit toujours cousu dans le bon sens. L’iconique logo crocodile est cousu à la main ou brodé sur chaque polo : 1200 points de broderie sont nécessaires pour chaque crocodile de 30 mm.

Le polo dans les années 1950

Le polo devient la norme sur les courts dans les années 50 et s’impose dans le vestiaire « sportswear ». Jusque-là, celle-ci n’a qu’une seule teinte, le blanc des tenues des joueurs de Wimbledon et de Roland Garros. L’apparition de la couleur dès 1951 marque un nouveau tournant. Lacoste élargit les blancs de tennis pour offrir des chemises dans une variété de couleurs différentes. Lacoste commence également à se développer en Amérique. Dans une Amérique en plein boom économique, il commercialise son polo uniquement dans les grands magasins haut de gamme sur Madison Avenue, le polo Lacoste est un énorme succès à New York puis à travers le monde. En 1953, la société équipe les personnes les plus importantes du moment. Le polo Lacoste habille même les hommes les plus importants de la planète, notamment le président américain Dwight Eisenhower qui choisit de porter un polo Lacoste en jouant au golf. La popularité de la chemise Lacoste grimpe alors en flèche, et ses concurrents de tardent pas à apparaître.

En 1954, une autre légende du tennis, le joueur de tennis britannique Fred Perry se met au polo. Jusqu’alors spécialisé dans les accessoires de tennis (dont le fameux poignet éponge), il tente de l’améliorer et garde le même tissu en coton piqué pour y ajouter son logo – une couronne – brodé directement sur le tissu plutôt que cousu sur la poitrine. Plus qu’une véritable révolution, c’est avant tout un succès marketing. La popularité de Perry permet à son polo de devenir un vêtement de choix pour les adolescents. Les articles issus du milieu du sport prennent alors une dimension de mode. À l’instar de Fred Perry, d’autres marques suivent bientôt leur exemple en créant leur propre version du polo et contribue à faire de ce vêtement l’emblème du vestiaire de l’élégance décontractée. Pièce d’habillement tout aussi susceptible d’être portée à la ville ou pour une partie de golf. Il se porte lors de rencontres sportives et les grandes universités américaines y ajoutent même leurs blasons. Devenu un « classique » du style de vie décontracté à l’américaine, Il est généralement porté avec une veste de sport à carreaux.

Le polo dans les années 1970 et 80

Le prochain événement significatif dans l’histoire du polo intervient en 1972 lorsque Ralph Lauren lance une nouvelle marque qui dépeint la sophistication et l’intemporalité. Il la nomme « Polo » et place évidemment le polo au cœur de sa marque. Son produit, brodé d’un joueur de polo, n’est pas bien différent de celui de ses concurrents. Le succès est pourtant immédiat et devient rapidement planétaire, notamment aux Etats-Unis où la guerre des parts de marché, dans les années 80, fait rage avec Lacoste. Finalement, c’est Ralph Lauren qui l’emporte parce que son produit est d’un niveau de qualité jugé supérieur. Sa marque devient un grand classique et contribue encore plus au succès du polo. Des sportifs aux hommes d’affaires, des stars de cinéma aux hommes politiques, le polo, vêtement à la fois élégant et décontracté, est adopté par tous.

Le polo dans les années 1990

Au cours des années 90, le polo connait une explosion de popularité. Il devient un vêtement de base dans le monde non sportif en étant couramment choisi pour les uniformes scolaires. Dans le monde du travail, il fait partie de la tenue d’affaires standard dans l’industrie high-tech, avant de s’étendre à de nombreuses autres industries. On trouve le polo à peu près partout : comme habillement occasionnel pour les emplois techniques, ainsi que chez les travailleurs de l’hôtellerie et du commerce de détail.

Le polo aujourd’hui

Quasiment toutes les marques de prêt-à-porter proposent aujourd’hui un polo dans leur collection. C’est l’une des chemises les plus populaires au monde. Et malgré les courants et styles auxquels on peut le rattacher, l’image du polo ne s’est pas tant dégradée à travers le temps. Certes l’image du polo Lacoste a été mise à mal vers la fin des années 80 jusqu’à la fin des années 90, son polo étant la pièce préférée des jeunes de banlieues en France – un positionnement plus subi que choisi par la marque – et les années 2000 qui ont vu une tendance peu flatteuse chez Ralph Lauren avec des logos XXL, mais son aura semble être restée intacte et le polo s’en est retourné vers des designs plus sobres. À l’âge du minimalisme, les hommes le préfèrent sans aucun logo apparent. Il paraîtrait cependant que les américains préfèrent Ralph Lauren, les européens du Nord Fred Perry, et les latins Lacoste. On lui prête souvent d’être plus chic qu’un t-shirt et moins habillé qu’une chemise. Un juste milieu qui ne fait jamais débraillé et qui peut se fondre dans quasiment toutes les tenues sans choquer. Peu de vêtements méritent le titre de « classique » comme le polo. Ce vêtement à manches courtes et décontracté, est un véritable incontournable de la garde-robe masculine et ce n’est pas près de changer de sitôt.

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