Histoire et Origine de la Laine – I

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Tout au long de l’histoire, les moutons ont accompagné les hommes, leur fournissant nourriture et habillement. La polyvalence unique de la fibre de laine a permis une utilisation particulièrement large dans la confection de tissus. Comme les moutons et la laine ont toujours fait partie de la civilisation humaine, l’histoire de la fabrication de la laine peut sembler complexe. Voici quelques repères importants de l’expansion du commerce et des technologies liées à l’exploitation du mouton et de sa laine.

La laine au temps de la préhistoire

L’histoire de la laine commence en Asie Mineure pendant l’âge de pierre il y a environ 10 000 ans. L’homme primitif vivant dans la plaine mésopotamienne utilise des moutons pour trois besoins humains fondamentaux : nourriture, vêtements et abri. Trois mille cinq cent ans plus tard environ, les moutons apparaissent dans l’histoire du textile européen. Si la laine n’est pas représentée auparavant dans le cadre archéologique, c’est sans doute uniquement en raison des problèmes de préservation. Mais il est plus probable que, bien que la peau de mouton soit portée, la laine n’est pas souvent utilisée comme fibre textile. La raison en est que les moutons sauvages sont plus poilus que laineux ; la toison n’est donc pas adaptée à l’utilisation comme fibre filée. Avant l’invention des cisailles – probablement pendant l’âge du fer – la laine est arrachée à la main ou par des peignes en bronze.

La laine dans l’Antiquité

Les moutons à laine sont introduits en Europe depuis le Proche-Orient au début du 4ème millénaire av. J.-C. Le plus ancien textile de laine européen connu, vers 1500 av. J.-C., est conservé dans un marais danois. Aussi primitifs qu’ils soient, les lainages deviennent une partie des richesses de Babylone. La chaleur des vêtements de laine et la mobilité des moutons permettent à l’humanité de répandre la civilisation bien au-delà du climat chaud de la Mésopotamie. En 2 500 av. J.-C., les métiers à tisser autour de la Méditerranée produisent des tissus exceptionnellement fins. Les draps des tombeaux égyptiens affichent une filature et un tissage jusqu’à 100 fils par cm. Le tissage est assuré par des métiers composés de fils de chaîne tendus par des poids sur une barre transversale appelée l’ensouple.

La mobilité des moutons permet donc aux Perses, aux Grecs et aux Romains d’introduire les moutons et leur laine dans toute l’Europe. À l’époque romaine, la laine, le lin et le cuir sont les principales matières premières des vêtements de la population européenne. Le coton provenant d’Inde reste une curiosité et les soies importées le long de la route de la soie en provenance de Chine sont des produits de luxe inaccoutumés. Les Romains apprécient particulièrement les compétences en tissage des Britanniques. L’établissement de fabriques de laine romaines à Winchester, en Angleterre, en 50 av. J.-C., aide les Britanniques à améliorer leurs méthodes qui utilisent des métiers à tisser verticaux ; la chaîne est alors tendue entre deux barres horizontales. Ils sont encore utilisés de nos jours pour la tapisserie, par exemple. Leur laine devient supérieure aux autres grâce à un élevage sélectif.

La laine au Moyen Âge

À l’époque médiévale, à mesure que les échanges commerciaux se développent, les foires de Champagne portent autour de la production de tissus de laine dans de petits centres comme Provins. Le réseau développé par les foires annuelles signifie que les lainages de Provins ont sans doute étendu leur chemin vers Naples, la Sicile, Chypre, Majorque, l’Espagne et même Constantinople. Les Sarrasins, peuple nomade des déserts syro-arabes, conquièrent l’Espagne au VIIIe siècle et établissent un vaste commerce d’exportation de laine avec l’Afrique du Nord, la Grèce, l’Égypte et Constantinople.

Pendant le XIIe siècle, le tissage à Florence, Gênes et Venise est stimulé par la conquête normande de la Grèce. Les conquérants envoient à Palerme une centaine de tisserands grecs comme esclaves, et leur travail extraordinaire est aussitôt copié par les tisserands italiens. Au cours des années 1200, une plus grande mécanisation est introduite dans la production de tissu sous la forme de moulins à eau servant à battre ou fouler la laine tissée : le foulon. Le foulon est utilisé pour dégraisser et assouplir la laine en resserrant les fils après le tissage. Pour le métier à tisser, des pédales sont utilisées pour soulever tour à tour un certain nombre de lisses différentes, c’est-à-dire des cadres différents, afin d’obtenir des motifs plus complexes. Cette invention est probablement d’origine chinoise. Quant au moyen de passer le fil de trame dans la foule, il reste le même pendant longtemps : on utilise une navette renfermant le fil de trame, pour le faire glisser à la main dans la foule, ce qui limite de fait la largeur de l’ouvrage. Pour réaliser de grandes pièces, deux tisserands doivent se passer la navette.

Au XIIIe siècle, le commerce de la laine devient le moteur économique des Pays-Bas et de l’Italie centrale. Avant la Renaissance, les Médicis et d’autres grandes maisons bancaires de Florence construisent leur patrimoine et leur système bancaire sur leur industrie textile à base de laine, contrôlée par l’Arte della Lana, la guilde de la laine. À la fin du XIVe siècle, l’Italie prédomine, bien que la production italienne se tourne vers la soie au XVIe siècle.

Tout comme l’Espagne, l’Angleterre gèle ses frontières aux exportations de laine brute. En 1377, le roi d’Angleterre Edward III, « le marchand de laine royale », arrête les importations de produits tissés et le tissage domestique des laines étrangères et invite les tisserands flamands à fuir l’invasion espagnole pour s’installer en Angleterre. L’industrie de la laine en Angleterre culmine pendant le règne du roi Henri VIII (1509-47). Il saisit les troupeaux des monastères et les redistribuent aux favoris de la Cour. Cela pousse les bergers sans emploi à immigrer en Amérique. En 1660, les exportations de textiles en laine représentent deux tiers du commerce extérieur de l’Angleterre.

En Espagne, le commerce de laine permet de financer les voyages de Christophe Colomb et des conquistadors. Christophe Colomb apporte des moutons à Cuba et à Santo Domingo lors de son deuxième voyage en 1493, et Cortez emmène leur descendance lorsqu’il explore ce qu’est maintenant le Mexique et le sud-ouest des États-Unis. Les Navajos et d’autres tribus indiennes du sud-ouest sont célèbres encore aujourd’hui pour leurs magnifiques tapis de laine et des tentures murales colorées. Afin de préserver ses sources de revenus, l’Espagne instaure la peine de mort à quiconque exporte des moutons jusqu’en 1786.

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