Histoire et Origine du Costume – I

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Oui, l’habit ça flatte toujours ; et ce n’est pas moi qui suis élégant, c’est mon costume. – Marcel Pagnol / Fanny

Le costume moderne est un habit masculin formé d’une veste et d’un pantalon assortis et destinés à être portés ensemble. Parfois complété d’un gilet du même tissu ; il est appelé alors « complet » ou « complet-veston ». Austère et sombre au XIXème, synonyme de frivolité chez les dandys, de sérieux et de labeur chez les hommes qui travaillent, le succès persistant du costume, qui s’impose depuis près 250 ans, est dû à son incomparable adaptabilité aux nuances et aux variations de toutes sortes.

Le costume au XVIIIe siècle

Costume fin du XVIIIe

Costume fin du XVIIIe

Habit de cour, XVIIIe

Habit de cour, XVIIIe

La mode masculine est influencée à partir des années 1780 par l’Angleterre. Le complet, ou costume trois pièces y fait son apparition à la fin du siècle. En effet, ce pays dispose d’un environnement général favorable (politique, économique et sociologique) et le goût immodéré pour la vie au grand air des anglais et particulièrement des aristocrates, a une incidence sur la mode, notamment celle inspirée par le monde équestre et son besoin de confort. Ainsi, à la campagne, les aristocrates privilégient des vêtements pratiques comme la redingote, le gilet court et les bottes de cuir.
La Révolution bouleverse la société française et marque la fin du costume de l’Ancien Régime. Pendant la période de la Terreur, il est si mal vu de porter des vêtements extravagants que l’on prend le risque d‘être guillotiné. En effet, les vêtements s’engagent dans la voie de la sobriété en perdant leurs couleurs et leurs ornements. Les hommes abandonnent donc le costume de cour (brodé, enrubanné, coloré…) pour adopter l’habit. L’habit à queue apparaît vers 1780. Il s’agit de la tenue de jour des nobles. On porte aussi des fracs-redingotes à revers croisés et qui se ferment par des pattes.
Incroyable, précurseur du dandysme

Incroyable, précurseur du dandysme

Après la mort de Robespierre en 1794, on recommence à soigner son apparence, en s’inspirant du style des aristocrates britanniques mais avec excentricité. Les jeunes élégants du moment qui suivent cette mode sont nommés les « Incroyables », car ils prononcent ces mots régulièrement. Ils sont vêtus d’une redingote anglaise plus courte sur le devant qui s’allonge derrière, le col couvre entièrement la nuque, les épaules sont trop larges et le jabot est plus volumineux au point de cacher le menton. Le gilet est plus court et d’une autre couleur, la culotte est beige et monte haut sur la poitrine. Aux pieds, ils portent des chaussures plates ou bien d’élégantes bottes à revers, déjà en usage à la fin du règne de Louis XVI. Ces hommes tiennent toujours à la main un gourdin en spirale qu’ils appellent leur « pouvoir exécutif ».
Les plus radicaux des révolutionnaires, les « sans-culottes », sont ainsi nommés car ils suppriment la culotte et les bas portés par les classes privilégiées : ils la remplacent par des pantalons munis d’une brayette maintenue par trois boutons et pouvant s’abaisser, d’où le nom de pantalon à pont. Ils l’accompagnent d’une veste courte appelée « carmagnole ». Un bonnet rouge, des chaussures basses ou des sabots complètent la tenue.
Sans-culottes

Sans-culottes

Le costume au XIXe siècle

« Beau » Brummel, le plus célèbre des dandys

« Beau » Brummel, le plus célèbre des dandys

Vers 1810, George Bryan Brummell (dit « Beau Brummel »), dandy britannique et proche du régent d’Angleterre, incite les hommes européens à porter des vêtements bien coupés et sur mesure, ornés de cravates soigneusement nouées. La simplicité des nouveaux vêtements et leurs couleurs sombres contrastent fortement avec les styles extravagants précédents. En outre, Brummel peut être remercié pour avoir présenté le bain comme un geste de toilettage quotidien d’un homme. Dans cette période de Régence, les vêtements de la classe sociale supérieure, introduits par Brummell sont pour la tenue de jour : une veste à grandes basques de couleur sombre et ajustée, avec des pantalons sans correspondance (généralement pâle), un gilet gris pâle, une chemise blanche, une cravate et de hautes bottes.
C’est ainsi que la mode anglaise commence à influencer la mode française. Le costume de cour dont on a l’habitude laisse donc place progressivement à l’habit, plus sobre. Le costume s’assombrit dans le but de s’adapter à toute occasion. Le pantalon, héritage de la Révolution, est généralement porté et la culotte est abandonnée petit à petit. Les vêtements se simplifient donc pour des raisons pratiques, sans pour autant cesser d’être ornés dans les fêtes officielles et à la Cour impériale. On porte de grandes capes et le chapeau haut-de-forme devient l’accessoire indispensable de tout homme qui se respecte et ce jusqu’à la première guerre mondiale.
Par conséquent, vers le début du XIXe siècle, un homme qui porte un intérêt trop marqué à la mode est considéré comme efféminé. Les couleurs et les étoffes, autrefois de mise autant pour les hommes que pour les femmes deviennent associées uniquement à la féminité. Les couleurs sombres et les styles discrets gagnent peu à peu en popularité et les hommes qui s’écartent du modèle social dominant s’exposent alors au ridicule et à la moquerie.

L’habit et le frac

Ce sont deux termes génériques désignant soit la jaquette, soit la queue de pie. La différence est l’origine du mot « habit » qui est d’origine française et « frac » qui est lui, d’origine anglaise. Le mot apparu vers 1767, est dérivé de « frock », un vêtement d’homme. L’habit, ou plutôt le frac, est l’uniforme porté par les étudiants de l’Eton Collège, l’un des établissements scolaires anglais les plus réputés au monde. Ces vêtements ne se portent qu’en certains lieux et certaines occasions.

Malgré ce code vestimentaire d’une rigueur et d’une austérité affirmées, les hommes continuent à se vêtir de façon à exprimer leur pouvoir, leur richesse et leur personnalité. Ils accordent plus d’attention aux détails, à la coupe, à l’étoffe du vêtement ou aux soins de toilette.

Le costume dans les années 1840

Dans les années 1840, le costume noir est devenu le style dominant pour l’homme, mais on porte également des redingotes bleues ou marron. La ligne de la redingote suit la silhouette de sablier de la robe des femmes. Le manteau a une coupe en forme de cloche atteignant le genou et des manches froncées. La redingote est la tenue de jour la plus fréquente pour les hommes d’affaires de classe moyenne. À cette époque, les costumes comprennent également un pantalon et un gilet court, souvent à dessins de fleurs, de couleurs et de tissus non correspondants. Il est accompagné de l’indispensable haut-de-forme.

La redingote

Ernest André, banquier et député en redingote
La redingote est un vêtement de jour qui tombera en désuétude au cours du XIXe siècle. La redingote n’est pas un costume, parce qu’elle est portée avec des pantalons qui ne correspondent pas à la couleur ou au tissu. Apparue sous la Régence (1715-1723), c’est à l’origine un vêtement porté par-dessus le justaucorps avec une fente dans le dos pour pouvoir monter à cheval. Son nom vient de la déformation des mots anglais « riding coat » : vêtement pour chevaucher. Elle est alors considérée comme négligée et sans-façon.
Sous Louis XVI, comme la jaquette et la queue de pie, elle suit l’influence anglaise. Elle devient plus fine et plus élégante, au point de remplacer parfois l’habit.

Le costume dans les années 1850

Au milieu du XIXe siècle, la mode masculine devient de plus en plus austère en rejetant les détails superflus : le confort est le premier but recherché. La veste a une coupe large et se porte avec une cravate blanche qui cache jusqu’au col de la chemise. Le gilet est droit et discrètement orné aux boutons. Le pantalon, peu large, tombe droit sur une botte vernie et le tout est porté sous un petit manteau à larges manches ou une redingote courte.
Outre-Manche, les hommes fortunés fréquentent le quartier de Saville Row, lieu de résidence des tailleurs et référence absolue en matière d’élégance masculine (seul Hermès en France, notamment pour ses inspirations rurales et équestres est en mesure de rivaliser). Le prince de Galles, futur roi Edouard VII popularise de nouvelles étoffes : le tweed, la flanelle, le tissu prince de Galles… Il contribue ainsi à la propagation européenne puis mondiale d’une nouvelle mode, plus décontractée et confortable, tout en restant classique. Les costumes de sport voient le jour, le gilet perd ses couleurs gaies. Les pantalons retenus sur la chaussure par un sous-pied, n’ont pas la même couleur que le veston qui se généralise ; ils sont à rayures ou en écossais pour la ville, mais toujours noirs ou blancs pour le soir.

Le costume dans les années 1860

La redingote est raccourcie pour n’être plus qu’une basque un peu longue. Elle devient une tenue de soirée portée pour des occasions spéciales. La jaquette apparaît ; elle ressemble à la redingote, mais avec des basques courtes et arrondies devant. Pour la ville, le complet trois-pièces, avec veston, gilet boutonné très haut et pantalon étroit marqué par un pli est courant. En 1860, les pantalons sont en « pattes d’éléphant ».
Le smoking fait également son apparition : c’est un dérivé de la veste d’équitation raccourcie. Il se drape de velours en passant par le fumoir, puis de laine noire, ce qui lui donne la prestance obligatoire pour être porté lors des dîners. Mais c’est surtout Edouard VIII, le Prince de Galles qui, en l’adoptant, en conforte l’usage.

La jaquette

La jaquette
La jaquette est un vêtement de journée à pans arrondis qui s’écartent à partir du bouton sur l’estomac. Obligatoire pour pouvoir assister à la célèbre course hippique d’Ascot, elle est la tenue des grandes cérémonies de journée et le costume de mariage. En France, la jaquette doit ses lettres de noblesse au Prince de Sagan et au Marquis Boniface de Castellane-Novejean, célèbres dandys du XIXe siècle, tous deux grands amateurs d’équitation. Ils portent la jaquette le matin pour la promenade à cheval.
La jaquette est faite de laine grise ou noire. Elle se porte avec un gilet gris perle, un haut-de-forme, une chemise à col cassé blanche assortie d’un ascot et de sa perle.
La jaquette se porte encore de nos jours. Elle est de mise aux grandes courses hippiques, et dans les mariages.

De 1860 à 1870, on porte encore des pardessus très vagues ou à peine cintrés ou des trois-quarts pour la pluie portés sur la redingote, la jaquette ou le veston. Le noir, de rigueur pour les tenues de soirée, se répand en ville. Tous ces vêtements sont boutonnés haut et s’accompagnent à la campagne d’un chapeau melon à calotte basse, ou d’un chapeau rigide moins haut que le haut-de-forme traditionnel. Des chaussures à talons plats et une fine canne complètent la tenue.

Le costume de 1870 à 1890

Jusqu’en 1880, la redingote et la jaquette sont toujours assez portées. La jaquette, aux basques arrondies devant, est pourvue d’un long col et se croise sur la poitrine. Elle se ferme très haut par un seul bouton, les autres ne servant que de décoration. La jaquette constitue un élégant substitut de jour à la redingote, qui à cette époque est réservée aux cérémonies officielles.

La redingote est encore le vêtement standard pour toutes les occasions formelles ou professionnelles, et une queue-de-pie est portée le soir. La redingote enveloppe étroitement les hanches, le pantalon devient collant. Le pardessus devient un paletot droit un peu long, garni de fourrure pour l’hiver. L’habit, toujours noir, demeure la tenue de soirée et sert à mettre en valeur les toilettes féminines. On le porte avec une cravate blanche. C’est à partir de 1873 que la cravate de ville, noire jusqu’alors, peut prendre des tons variés.

La queue de pie

La queue de pie
La queue de pie est la version civile du vêtement d’apparat porté par les fonctionnaires et les officiers depuis le Directoire. En tenue de jour, elle peut être de couleurs différentes suivant les modes. Vers 1860, la queue de pie devient une tenue de soirée en adoptant définitivement la couleur noire. Cette habitude viendrait des gentlemen-farmers qui désirent changer de vêtement pour passer à table après avoir chevauché à travers leurs terres durant la journée. Ils ne veulent pas dîner encore imprégnés de l’odeur de l’animal. Les basques arrivent aux genoux en formant un arrondi plus ou moins pointu qui rappelle la queue de la pie. La queue de pie se porte obligatoirement avec un gilet blanc en coton piqué, ainsi qu’une chemise à col cassé et un nœud papillon. Le pantalon, noir, est toujours composé de deux bandes de satin sur les côtés extérieurs. Cette tenue reste le costume de grande cérémonie par excellence. Elle est portée dans les concours hippiques, dans les orchestres, dans les dîners de gala et les bals mentionnant le dress code « white tie ». Ces trois tenues se portent avec un haut-de-forme.

Le complet veston, 1893 © Musée McCord

À la fin du XIXe siècle, le complet veston trois-pièces est courant en ville. Cet ancêtre du veston moderne est adopté à partir des années 1860. À l’origine, grand manteau mi-long, le veston devient plus ajusté et il raccourcit jusqu’aux hanches dans les années 1880. À la différence de la redingote et de la jaquette, il est porté coordonné, généralement avec un gilet boutonné très haut et un pantalon étroit marqué par un pli. Le complet, ou tenue de ville, est souvent fait de lainage grossier et de tissu fantaisie, ou en lin pour l’été. La chemise possède un faux col empesé, droit ou à coins cassés, qui monte très haut. Elle est fermée au col par une cravate nouée, un nœud papillon ou une lavallière. Le complet-veston s’accompagne de la cape ou du melon. Un gilet et un pantalon assortis sont considérés comme informels. Le complet ne convient qu’à des activités de loisir comme le sport, la campagne ou le bord de mer, mais il prendra rapidement la place de la jaquette et de la redingote.

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