Marco Tedeschi MT1.1 Tourbillon 7 Jours : l’indépendance horlogère change de nom

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Anciennement connu sous le nom Kross Studio, l’atelier suisse fondé par Marco Tedeschi ouvre une nouvelle séquence avec la MT1.1 Tourbillon 7 Jours. Cette évolution du modèle MT1 conserve l’architecture sans couronne latérale, le boîtier sans cornes et le mouvement ajouré, tout en ajoutant une indication de réserve de marche indispensable pour un tourbillon manuel capable de fonctionner une semaine.

Dans l’horlogerie indépendante, un changement de nom dit parfois davantage qu’un changement de collection. Kross Studio avait gagné sa visibilité avec une approche très identifiable : des montres techniques, des constructions ouvertes, des objets horlogers liés à des univers de pop culture, de cinéma ou de science-fiction, de Star Wars à Batman. Cette voie avait donné à la jeune manufacture suisse une place à part, moins académique que celle de nombreuses maisons indépendantes, mais suffisamment solide sur le plan mécanique pour attirer l’attention des amateurs.

En 2026, la marque franchit une étape différente. Kross Studio devient Marco Tedeschi pour son expression horlogère principale. Le nom du fondateur passe au premier plan, tandis que Kross Studio reste associé aux collaborations. La MT1.1 Tourbillon 7 Jours accompagne ce repositionnement. Elle ne cherche pas à faire table rase du modèle précédent. Elle précise au contraire une idée déjà forte : placer le mouvement au centre de la montre, organiser toute l’ergonomie autour de lui, puis réduire les éléments périphériques jusqu’à obtenir une pièce immédiatement reconnaissable.

La MT1.1 reprend ainsi les grands choix de la MT1 présentée l’an dernier : boîtier rond sans cornes, absence de couronne traditionnelle à 3 heures, calibre manuel ajouré, tourbillon volant à 6 heures et réserve de marche d’une semaine. La principale nouveauté visible se situe à 12 heures, avec l’apparition d’un indicateur de réserve de marche. Sur une montre à remontage manuel dotée de sept jours d’autonomie, cette addition dépasse le simple détail fonctionnel. Elle donne au porteur une information utile, tout en renforçant la symétrie du cadran face au tourbillon.

Une trajectoire personnelle devenue marque

Le passage de Kross Studio à Marco Tedeschi éclaire la logique du projet. Avant de créer son propre atelier, Marco Tedeschi a évolué dans plusieurs environnements horlogers, notamment chez Hublot, où il a participé au développement de capacités industrielles et de mouvements, puis chez Romain Jérôme. Kross Studio naît ensuite dans un contexte délicat, juste avant la pandémie, avec une double activité : des projets horlogers sous son propre nom et un travail de sous-traitance pour d’autres acteurs du secteur.

Cette base industrielle compte dans la lecture de la MT1.1. La montre ne repose pas seulement sur une silhouette originale ou sur une signature graphique. Elle s’appuie sur une manufacture capable de concevoir, produire, décorer et assembler un mouvement interne. L’arrivée de Chanel comme actionnaire minoritaire, évoquée par Monochrome dans son entretien avec Marco Tedeschi, confirme aussi la crédibilité technique de cette structure encore jeune, sans lui retirer son indépendance créative.

Le changement d’identité vient clarifier les choses. Kross Studio portait bien l’idée d’un studio, ouvert aux partenariats et aux projets narratifs. Marco Tedeschi désigne désormais une ligne plus personnelle, centrée sur une architecture horlogère, une approche du mouvement et une relation directe avec le nom du concepteur. La MT1.1 devient alors plus qu’une évolution de référence. Elle sert de manifeste.

Un boîtier rond, sans cornes, sans couronne latérale

La MT1.1 Tourbillon 7 Jours conserve un boîtier de 44 mm de diamètre pour 15,30 mm d’épaisseur, ou 10,30 mm sans le verre. Ces chiffres décrivent une montre présente au poignet, mais sa construction sans cornes modifie la perception habituelle du diamètre. Le boîtier forme un volume continu, presque galet, avec un verre saphir bombé traité antireflet sur les deux faces.

L’absence de couronne à 3 heures constitue l’un des éléments les plus marquants. Le remontage s’effectue par l’arrière, au moyen d’une couronne plate en forme de D intégrée au fond. Un poussoir placé sur le côté permet de passer du mode remontage au mode mise à l’heure. Une pression déconnecte le mouvement pour régler les aiguilles ; une autre pression réengage le mécanisme. Le geste reprend la logique d’une couronne tirée puis repoussée, mais en la répartissant autrement dans la construction de la montre.

Cette solution donne au boîtier une pureté visuelle particulière. Le flanc droit reste libéré d’une couronne saillante, le profil conserve sa continuité, et la montre affirme une ergonomie moins conventionnelle. L’idée peut surprendre au premier abord, car la couronne latérale fait partie des repères les plus anciens de la montre-bracelet. Chez Marco Tedeschi, sa disparition répond à une recherche de cohérence : laisser le cadran et le mouvement dominer la lecture, puis déplacer les interactions mécaniques vers l’arrière.

Le calibre MT 7010 IRM, une architecture ouverte autour de l’énergie

Le cœur de la montre est le calibre MT 7010 IRM, mouvement mécanique à remontage manuel, ajouré, composé de 245 pièces et 31 rubis. Il bat à 21 600 alternances par heure, soit 3 Hz, et offre sept jours de réserve de marche grâce à un barillet unique de grandes dimensions. Le choix du barillet surdimensionné occupe une place essentielle dans la construction : une fois le tourbillon positionné, l’espace disponible sur la platine est exploité pour stocker l’énergie nécessaire à une semaine de fonctionnement.

Le tourbillon volant prend place à 6 heures. Sa cage sert également de petite seconde, ce qui permet de conserver une lecture centrale des heures et des minutes sans multiplier les indications. À 12 heures, l’indicateur de réserve de marche répond désormais au tourbillon. La composition gagne en équilibre, avec une tension verticale claire entre l’énergie restante et l’organe régulateur.

Le mouvement reste largement visible côté cadran. Les ponts, la platine et les roues ajourées donnent une lecture directe de l’architecture. Le fond adopte une approche plus fermée, avec un grand pont transversal décoré de motifs concentriques. Cette opposition crée deux visages : à l’avant, la mécanique travaille à découvert ; à l’arrière, la décoration géométrique installe une signature plus graphique.

Les composants reçoivent des finitions adaptées à l’esprit de la pièce : surfaces satinées, perlage, anglages polis à la main, traitement ruthénium foncé, roues ouvertes et cerclées. La marque indique que la platine et les ponts sont réalisés en maillechort sans plomb, un choix intéressant dans une montre contemporaine qui ne mise pas seulement sur le spectacle du tourbillon, mais aussi sur la cohérence des matériaux et des finitions.

Quatre matières pour quatre lectures

La MT1.1 Tourbillon 7 Jours est proposée en quatre versions. Le titane grade 5 constitue l’entrée de collection, avec un prix annoncé à 69 900 CHF. Le titane noir traité DLC, référence MT1.1-TN, monte à 74 900 CHF. La version en tantale atteint 79 900 CHF. L’or rose 5N ferme la gamme à 89 900 CHF.

Ces quatre exécutions changent la perception de la montre sans modifier son architecture. Le titane met l’accent sur la légèreté et l’aspect technique. Le titane noir accentue la profondeur du mouvement et donne au boîtier une présence plus sombre. Le tantale, rarement utilisé en horlogerie en raison de sa densité et de sa difficulté d’usinage, apporte une lecture plus confidentielle, presque de connaisseur. L’or rose introduit une chaleur plus classique dans une construction par ailleurs très contemporaine.

Le cadran reste minimal dans son principe. Il s’agit davantage d’une périphérie de lecture que d’un cadran plein traditionnel. Sur la version Titanium Black, il reçoit une finition satinée circulaire noire avec marquages blancs. Les aiguilles couleur or rose, satinées avec flancs étirés, sont garnies de Super-LumiNova blanc. Cette solution maintient une lisibilité correcte malgré la densité visuelle d’un mouvement ajouré.

Le bracelet en cuir de veau noir est interchangeable grâce à un système propriétaire commandé par des poussoirs au dos du boîtier. Là encore, la solution vise à préserver la continuité visuelle de la montre. Aucun élément technique inutile ne vient interrompre le profil extérieur.

Une montre moins démonstrative qu’elle n’en a l’air

La MT1.1 pourrait facilement être rangée dans la catégorie des tourbillons spectaculaires, avec son boîtier sans cornes, son absence de couronne latérale, son mouvement très ouvert et sa réserve de marche d’une semaine. Pourtant, son intérêt tient plutôt à la manière dont ces éléments s’ordonnent. La montre ne court pas après une complication supplémentaire. Elle cherche à rendre plus lisible une architecture personnelle.

L’ajout de l’indicateur de réserve de marche illustre cette évolution. Sur le plan esthétique, il densifie la partie supérieure du cadran. Sur le plan pratique, il donne une information précieuse à celui qui porte la montre. Sur le plan symbolique, il met en scène l’énergie, sujet central d’un calibre manuel de sept jours. La MT1.1 progresse donc par ajustement plutôt que par surenchère.

Cette retenue relative mérite d’être notée. Beaucoup de jeunes maisons indépendantes cherchent à se faire connaître par l’excès : formes agressives, affichages difficiles, complications accumulées, matériaux rares utilisés comme argument principal. Marco Tedeschi choisit une voie différente. La montre reste forte, immédiatement identifiable, mais son discours repose sur quelques idées précises : énergie longue durée, tourbillon volant, ergonomie sans couronne latérale, boîtier fluide, mouvement construit pour être vu.

La MT1.1, pièce de transition et de confirmation

La MT1.1 Tourbillon 7 Jours arrive à un moment charnière. Elle confirme l’identité technique apparue avec la MT1, tout en accompagnant le changement de nom de la marque. Elle clarifie aussi la séparation des rôles : Kross Studio garde son territoire de collaborations, Marco Tedeschi devient la signature horlogère de fond.

Pour les collectionneurs, cette pièce pourra être lue de deux manières. D’un côté, elle appartient à la catégorie des tourbillons indépendants contemporains, avec un prix élevé mais cohérent au regard de sa construction, de son autonomie et de son niveau de fabrication. De l’autre, elle marque les premiers pas officiels d’une marque désormais associée directement à son fondateur. Cette dimension de première séquence peut compter dans le regard porté sur la montre à long terme.

Reste la question du style. La MT1.1 ne cherchera pas à convaincre les amateurs de montres habillées traditionnelles. Ses 44 mm, son verre bombé, son mouvement ajouré et son ergonomie particulière l’adressent à un public déjà ouvert aux propositions indépendantes. Elle parlera davantage aux collectionneurs sensibles à la construction, à l’architecture mécanique et aux démarches personnelles qu’à ceux qui recherchent une montre discrète.

La pièce réussit toutefois à éviter l’écueil du simple objet manifeste. Elle propose une réserve de marche réellement utile, une indication nouvelle bien intégrée, un tourbillon volant, une boîte cohérente avec le mouvement et un système de remontage qui donne au porteur une interaction différente. Dans un segment où l’originalité peut vite devenir posture, la MT1.1 possède un argument solide : son étrangeté vient de sa construction, pas d’un décor plaqué sur une mécanique conventionnelle.

Avec cette montre, Marco Tedeschi affirme donc une ligne claire. La marque ne renie pas l’énergie créative de Kross Studio, mais elle donne désormais à son horlogerie un visage plus personnel. La MT1.1 Tourbillon 7 Jours porte cette transition avec une certaine logique : une montre née d’un concept déjà établi, ajustée pour devenir plus lisible, plus utile et plus directement liée au nom de celui qui l’a imaginée.

Stefane Girard
Stefane Girard
Spécialiste de la relation client et de la qualité de service, tout d’abord dans le tourisme puis dans d’autres secteurs en tant que consultant, j’ai également géré une société de vente en ligne d’articles de luxe. Tout au long de ma vie, j’ai étudié des sujets qui m’ont permis de développer une sensibilité pour l’esthétique et l’admiration du savoir-faire de ceux qui travaillent avec passion et talent à magnifier notre quotidien : les artisans d'art. Ce site me permet de partager avec vous mes centres d’intérêt et de rendre hommage à ces artisans de l’excellence.
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