MB&F LM Perpetual Chromatic Editions : le calendrier perpétuel prend la couleur des pierres

Si votre cœur bat au rythme de la haute horlogerie, réglez vos connaissances sur le cadran des plus belles marques horlogères et la chronologie des garde-temps de légende. Laissez-vous aiguiller sur des conseils et informations ou par des actualités de dernière minute.

MB&F décline sa Legacy Machine Perpetual dans trois éditions Chromatic serties de rubis rouges, de saphirs bleus ou de saphirs violets. Derrière l’éclat des lunettes baguette, la pièce conserve l’architecture spectaculaire du calendrier perpétuel imaginé avec Stephen McDonnell.

Chez MB&F, la couleur n’arrive jamais comme une simple variation décorative. Elle sert souvent à déplacer le regard, à modifier la perception d’une architecture déjà connue, à révéler une autre facette d’une machine horlogère. Les nouvelles LM Perpetual Chromatic Editions s’inscrivent dans cette logique. La maison genevoise reprend l’un de ses mouvements les plus importants, le calendrier perpétuel développé avec Stephen McDonnell, puis l’encadre d’une lunette sertie de pierres baguette. Trois versions voient le jour : saphirs bleus, saphirs violets ou rubis rouges.

La base reste celle de la Legacy Machine Perpetual, présentée en 2015 et devenue l’un des jalons majeurs de MB&F. Le modèle a installé la maison dans un registre plus directement lié à la haute complication, sans abandonner son goût pour les constructions tridimensionnelles. Le calendrier perpétuel y quitte la présentation traditionnelle pour s’exposer côté cadran, sous un grand balancier suspendu. Les indications semblent flotter au-dessus de la platine, comme des instruments de bord disposés autour d’un moteur visible.

Avec cette série Chromatic, MB&F introduit une présence joaillière plus affirmée. La démarche aurait pu déséquilibrer une montre déjà très expressive. Elle fonctionne parce que le sertissage adopte une géométrie stricte, presque architecturale. La pierre ne cherche pas à couvrir la mécanique. Elle trace un cercle de couleur autour d’elle, comme un cadre lumineux posé sur une construction horlogère entièrement assumée.

Trois lunettes, trois tempéraments

La trilogie repose sur trois configurations. Deux modèles sont réalisés en or gris 18 carats, avec lunettes serties de saphirs bleus ou violets. Les pierres proviennent de Madagascar et du Sri Lanka. La troisième version adopte un boîtier en or rouge 18 carats et une lunette sertie de rubis rouges originaires du Mozambique. Dans les trois cas, la lunette reçoit 48 pierres baguette posées à la main par STG Création, atelier genevois habitué aux pièces de haute joaillerie.

Le choix de la taille baguette donne le ton. Cette coupe privilégie la ligne, la symétrie, la continuité visuelle. Elle produit moins d’éclats dispersés qu’une taille plus brillante, mais elle installe une rigueur graphique très adaptée à l’univers de la Legacy Machine. Autour de la mécanique ouverte, les pierres ne créent pas un halo ostentatoire ; elles composent une bordure nette, presque instrumentale, dont la couleur modifie l’atmosphère générale de la montre.

La version à saphirs bleus met l’accent sur une froideur technique, renforcée par les aiguilles traitées PVD bleu. Celle à saphirs violets introduit une tonalité plus inattendue, rare dans ce registre horloger, avec des aiguilles PVD assorties. La version en or rouge et rubis joue une autre partition, plus chaude, plus théâtrale, avec des aiguilles couleur or 5N qui prolongent la teinte du boîtier. Les cadrans auxiliaires noirs restent communs aux trois éditions, ce qui permet de préserver une lecture forte malgré la présence des pierres.

La difficulté du sertissage tient à l’intégration dans un boîtier déjà connu. MB&F précise que la ligne de pierres a été obtenue sans augmenter le diamètre de la boîte. Cette donnée compte. Une lunette sertie peut rapidement épaissir ou alourdir la silhouette d’une montre. Ici, le sertissage vient enrichir la perception du modèle sans bouleverser ses proportions.

Le calendrier perpétuel selon Stephen McDonnell

Sous la couleur, la mécanique demeure le vrai centre du sujet. La LM Perpetual repose sur un mouvement manuel entièrement intégré, développé pour MB&F par Stephen McDonnell. Le calibre compte 581 composants et 41 rubis. Il offre 72 heures de réserve de marche, fonctionne à 18 000 alternances par heure et présente l’ensemble des indications du calendrier perpétuel côté cadran.

L’approche de Stephen McDonnell a profondément renouvelé la manière de concevoir cette complication. Un calendrier perpétuel classique part généralement d’un mois de 31 jours et saute les dates inutiles pour ajuster l’affichage aux mois plus courts. Cette architecture peut créer des fragilités, notamment lors des corrections effectuées au mauvais moment. La solution développée ici repose sur un principe inversé : le mécanisme considère par défaut un mois de 28 jours, puis ajoute les jours nécessaires selon le mois concerné. MB&F décrit ce système comme un processeur mécanique, capable d’éviter les sauts indésirables et de protéger le mouvement lors des phases sensibles.

Cette architecture change la relation à une complication souvent admirée, mais parfois redoutée par ses propriétaires. Le calendrier perpétuel conserve son prestige technique tout en gagnant en facilité d’usage. Les indications — heures, minutes, jour, date rétrograde, mois, année bissextile rétrograde et réserve de marche — se répartissent dans l’espace avec une lisibilité inhabituelle pour une montre aussi complexe. Les correcteurs peuvent être actionnés sans outil spécifique, autre élément important pour une pièce de ce niveau.

La construction reste fidèle au langage des Legacy Machines : grand balancier de 14 mm suspendu au-dessus du mouvement, ponts arqués, indications portées par des sous-cadrans noirs, absence de cadran traditionnel plein. La mécanique occupe la scène. Les Chromatic Editions ajoutent de la couleur sans détourner le regard du cœur horloger.

Une montre joaillière, mais pas une montre de parure

L’intérêt de ces éditions tient à leur position précise. Elles ne transforment pas la LM Perpetual en bijou de poignet au sens classique. Elles ne cherchent pas non plus à adoucir la complexité du modèle pour séduire un public moins technique. La montre reste dense, volumineuse, mécanique, presque démonstrative dans son architecture. Le sertissage baguette ajoute une lecture différente : plus précieuse, plus rare, mais toujours liée à la construction.

Ce point mérite d’être souligné, car la frontière entre haute horlogerie et haute joaillerie peut facilement devenir floue. Dans certaines montres, les pierres prennent le dessus et relèguent le mouvement au rang d’argument secondaire. Ici, l’équilibre fonctionne dans l’autre sens. La lunette sertie agit comme un révélateur de structure. Elle entoure une mécanique déjà spectaculaire et accentue son caractère scénique.

La taille du boîtier confirme cette orientation. Avec 44 mm de diamètre pour 17,5 mm d’épaisseur, la LM Perpetual Chromatic reste une pièce de présence. Le verre saphir bombé, traité antireflet, renforce la profondeur visuelle du cadran. Le fond transparent laisse voir les deux barillets responsables des 72 heures de réserve de marche et la finition manuelle inspirée de l’horlogerie du XIXe siècle. La montre conserve ainsi ses deux visages : mécanique exposée côté cadran, finitions plus traditionnelles côté fond.

L’étanchéité de 30 mètres rappelle que l’objet appartient avant tout au territoire de la haute complication. Les bracelets en alligator cousus main, associés à une boucle déployante dans le métal du boîtier, complètent une proposition pensée pour des collectionneurs habitués aux pièces indépendantes de très haut niveau.

MB&F, vingt ans après la naissance d’une maison indépendante

Ces Chromatic Editions arrivent dans une période importante pour MB&F. La maison fondée par Maximilian Büsser en 2005 a atteint un niveau de reconnaissance rare dans l’horlogerie indépendante. Ses Horological Machines ont construit une réputation d’audace mécanique, tandis que les Legacy Machines ont permis d’installer une autre facette : celle d’une horlogerie plus ronde, plus classique dans ses références, mais tout aussi inventive dans sa construction.

La LM Perpetual occupe une place centrale dans ce parcours. Elle a montré que MB&F pouvait aborder une grande complication traditionnelle sans la traiter comme un exercice académique. Le calendrier perpétuel, souvent associé à des cadrans très ordonnés et à une architecture héritée de la montre habillée, est devenu ici une machine ouverte, presque pédagogique, où le fonctionnement s’observe autant qu’il se devine.

Le choix de nouvelles éditions serties de pierres colorées prolonge cette trajectoire. MB&F ne multiplie pas les versions pour banaliser le modèle. La limitation à 8 pièces par couleur maintient une rareté stricte. Le prix, fixé à 228 000 CHF hors taxes, place ces montres dans le cercle très restreint des pièces destinées aux collectionneurs déjà familiers de la haute horlogerie indépendante.

La série dit aussi quelque chose de l’évolution du marché. Les amateurs recherchent aujourd’hui des pièces mécaniquement fortes, mais aussi visuellement très identifiables. La complication seule ne suffit plus toujours. La couleur, la matière, le sertissage, le récit d’une série limitée et la singularité d’une configuration jouent un rôle important. MB&F répond à cette demande sans diluer son langage.

Une couleur maîtrisée pour une complication majeure

Le risque d’une telle série était évident : ajouter des pierres à une montre déjà riche, au point de brouiller son architecture. Les LM Perpetual Chromatic Editions évitent cet excès par la discipline du dessin. La lunette baguette forme une ligne continue, les sous-cadrans noirs maintiennent la lisibilité, les aiguilles colorées créent un lien visuel avec les pierres, et le mouvement conserve sa place dominante.

La version bleue paraît la plus directement liée à une lecture technique de la montre. La version violette introduit une dimension plus rare, presque expérimentale, qui correspond bien à l’esprit MB&F. La version rubis en or rouge assume une présence plus chaleureuse et plus précieuse. Aucune ne cherche la neutralité. Ces trois pièces revendiquent la couleur comme un choix structurel, pas comme une fantaisie ajoutée tardivement.

Ce lancement confirme aussi la souplesse du calibre LM Perpetual. Dix ans après sa présentation, il continue de supporter de nouvelles lectures sans perdre son identité. Peu de calendriers perpétuels contemporains peuvent en dire autant. La construction de Stephen McDonnell reste assez forte pour accueillir des matières, des métaux et des variations chromatiques tout en restant immédiatement reconnaissable.

Stefane Girard
Stefane Girard
Spécialiste de la relation client et de la qualité de service, tout d’abord dans le tourisme puis dans d’autres secteurs en tant que consultant, j’ai également géré une société de vente en ligne d’articles de luxe. Tout au long de ma vie, j’ai étudié des sujets qui m’ont permis de développer une sensibilité pour l’esthétique et l’admiration du savoir-faire de ceux qui travaillent avec passion et talent à magnifier notre quotidien : les artisans d'art. Ce site me permet de partager avec vous mes centres d’intérêt et de rendre hommage à ces artisans de l’excellence.
ARTICLES POPULAIRES
ARTICLES RÉCENTS