Avant le projet éditorial, avant les recherches sur le luxe, les maisons et les métiers d’art, il y a eu un parcours plus discret : une enfance à Nogent-sur-Oise, des études, des départs, des emplois tournés vers le service, puis une découverte progressive du numérique. Rien ne semblait annoncer la suite. Pourtant, ces années ont préparé un regard.
Des origines modestes à la relation client
J’ai grandi à Nogent-sur-Oise, ville voisine de Creil, dans un environnement éloigné des univers que j’explore aujourd’hui. La série documentaire Chroniques de la violence ordinaire, tournée dans le quartier de mon enfance, ne représentait pas seulement un film à mes yeux. Elle renvoyait à une réalité familière, à un décor que je connaissais de l’intérieur.
J’étais un enfant vivant en HLM, dans une chambre partagée avec mes deux frères. Mes parents étaient présents, ma grand-mère dormait sur le canapé-lit du salon. C’était notre monde, avec ses contraintes, ses habitudes, ses inquiétudes parfois, mais aussi ses repères affectifs.
Dans ce cadre modeste, certaines leçons se sont pourtant imposées très tôt. Ma mère, entrée dans la vie professionnelle comme bonne à tout faire à quatorze ans avant de devenir assistante comptable, m’a transmis une forme de ténacité silencieuse. Mon père, déclarant en douane, m’a montré la valeur du travail précis, de la rigueur quotidienne, du sérieux dans l’exécution. Les vacances au camping municipal des Pyrénées-Orientales représentaient notre échappée estivale, simple mais précieuse.
Mon adolescence a aussi été marquée par l’aviron à Creil, que j’ai pratiqué avec assiduité. Ce sport m’a donné une discipline, un rapport à l’effort, une façon de progresser sans bruit. Plus tard, mes études en Langues et Cultures Étrangères à l’université d’Amiens m’ont ouvert une première fenêtre vers l’extérieur. Elles m’ont conduit près de Londres, où j’ai travaillé comme assistant de langue française. Mon service militaire à Strasbourg, en 1992, a ensuite refermé le temps de la jeunesse et ouvert une autre période.
À cette époque, mon accès à la culture du luxe, des maisons artisanales ou des métiers d’art restait très limité. Ces univers me semblaient lointains, davantage liés à la richesse qu’à une véritable compréhension du travail, des matières ou des savoir-faire. Comme beaucoup, j’ai suivi une voie relativement balisée, avec l’envie discrète de dépasser mon point de départ sans savoir encore quelle forme donner à cette ambition.
La relation client comme premier terrain d’apprentissage
Mon parcours professionnel m’a d’abord conduit vers le tourisme, à Bordeaux, avant de rejoindre à Paris le programme de fidélité d’Air France. En 1997, j’ai poursuivi ma progression avec une formation en gestion des entreprises à l’École Supérieure du Commerce de Paris. Cette étape m’a ensuite permis de partir à Londres, où j’ai travaillé pour le programme de fidélité des Hôtels Le Méridien.
Ces années ont compté plus que je ne l’imaginais alors. Elles m’ont placé au contact d’environnements où la qualité du service, la relation avec le client, la précision des informations et la tenue d’un discours professionnel avaient une vraie importance. Je ne pensais pas encore en termes de média, de maisons, de patrimoine ou de métiers. Mais certains réflexes se mettaient déjà en place.
Le début des années 2000 a marqué une autre transition, cette fois vers le numérique. À Niort, j’ai découvert de nouveaux outils, de nouvelles méthodes, une manière différente de structurer les informations et les processus. En 2002, l’obtention d’un Mastère Spécialisé en école d’ingénieurs m’a permis d’acquérir une expertise en progiciels de gestion intégrés.
J’étais alors en mouvement constant, animé par le besoin d’avancer, d’apprendre, de rejoindre des environnements plus exigeants. La relation client, la qualité de service et l’organisation du travail occupaient déjà une place centrale dans mon parcours. Pourtant, je ne reliais pas encore ces expériences à un projet plus personnel.
Des vignobles bordelais aux bureaux parisiens, puis à Londres au sein d’un grand groupe hôtelier, mon parcours professionnel m’a placé au contact de lieux, de codes et d’exigences que je ne savais pas encore assembler. Le numérique m’a ensuite donné d’autres outils, une autre manière de classer les idées, de penser les contenus et de bâtir une structure. Rien ne semblait vraiment annoncer la suite. Pourtant, avec le recul, ces années ont préparé mon regard : elles m’ont appris à observer la qualité du service, la précision d’un geste, la cohérence d’une maison et la valeur d’un travail bien mené.
