Encens : matière première végétale en parfumerie

Enivrez-vous de connaissances sur l’univers de la beauté et du parfum : son sillage millénaire, ses légendes, sa fabrication et ses maisons prestigieuses. Ayez du nez en suivant nos conseils et les actualités de la beauté.

Origine botanique et géographique

L’encens en parfumerie – également désigné sous les noms d’« oliban » (du français médiéval, lui-même de l’arabe al-lubân signifiant « le lait », en référence à la couleur blanche-laiteuse des larmes fraîches), de « frankincense » (anglais, du français médiéval « franc encens » signifiant « encens pur, véritable ») – provient de l’oléogomme-résine sécrétée par les arbres du genre Boswellia (famille des Burséracées, même famille botanique que la myrrhe, l’opoponax, l’élémi, le baume de Tolu et le baume du Pérou). Cette famille botanique des Burséracées rassemble plusieurs des résines aromatiques les plus précieuses de l’histoire de l’humanité, et la coexistence de l’encens et de la myrrhe au sein du même groupe botanique — ces deux matières emblématiques des civilisations antiques et bibliques — n’est pas une coïncidence : elle reflète une convergence évolutive de la production résineuse aromatique dans certaines lignées d’arbres adaptés aux environnements arides.

Sur les vingt-cinq espèces environ du genre Boswellia, plusieurs sont exploitées commercialement pour la parfumerie et l’industrie de l’encens, à profils chimiques et géographiques différents :

Le Boswellia sacra Flueck., parfois également désigné sous le synonyme Boswellia carteri Birdw. (la question de savoir s’il s’agit d’une seule espèce ou de deux espèces distinctes reste débattue par les botanistes), constitue la source de l’oliban d’Arabie historique et le plus prestigieux. Originaire des régions arides de l’Oman (notamment le Dhofar, province méridionale frontalière du Yémen) et du Yémen (régions du Hadramaout et du Mahra), cette espèce produit l’encens le plus universellement célébré dans l’Antiquité et reste aujourd’hui une référence qualitative.

Le Boswellia frereana Birdw., dit « maydi » ou « oliban de Somalie » ou parfois « encens copte », est originaire du nord de la Somalie (région du Puntland). Son profil olfactif diffère de celui du B. sacra : plus résineux-piney, moins citronné-frais. Le maydi est traditionnellement réservé en partie aux usages liturgiques de l’Église copte et constitue l’une des qualités les plus appréciées pour l’encens religieux.

Le Boswellia papyrifera (Del. ex Caill.) Hochst., dit « encens du Tigray » ou « encens d’Éthiopie », est originaire des plateaux d’Éthiopie, du Soudan et de l’Érythrée. Sa production est aujourd’hui considérable, particulièrement pour les usages industriels et religieux orthodoxes, et tend à devenir la source dominante en volume.

Le Boswellia serrata Roxb., dit « encens d’Inde » ou « salai », est originaire de l’Inde (Madhya Pradesh, Gujarat, Rajasthan). Utilisé dans la médecine ayurvédique et l’encens hindou, son profil olfactif est plus boisé-rustique.

D’autres espèces interviennent ponctuellement : Boswellia rivae (Éthiopie), Boswellia sacra « hojari » (qualité supérieure du Dhofar), et plusieurs espèces secondaires.

Une particularité commerciale doit être mentionnée : les « qualités » d’encens font l’objet d’une classification traditionnelle rigoureuse dans les pays producteurs. Les Omanais distinguent ainsi traditionnellement plusieurs grades selon la couleur, la pureté et l’origine géographique : « hojari » (le grade supérieur, à larmes très blanches et pures provenant des arbres du Dhofar à climat le plus sec) ; « nejdi » (qualité supérieure) ; « shazri » (qualité moyenne) ; « shaabi » (qualité courante). Ces grades, longtemps perpétués par la tradition arabe, sont aujourd’hui partiellement repris par les marchés internationaux.

L’arbre de Boswellia se présente comme un petit arbre ou un arbuste de 3 à 8 mètres de hauteur à maturité, à port étalé, à écorce gris-blanchâtre caractéristique qui se desquame en lambeaux papyracés (d’où le nom papyrifera pour l’espèce éthiopienne). Les feuilles sont composées pennées, regroupées à l’extrémité des branches, et tombent généralement durant la saison sèche. Les fleurs, petites et blanchâtres-rosées, donnent des petits fruits capsulaires. L’arbre est adapté aux environnements arides : sols rocheux, faibles précipitations, fortes températures. Il pousse à l’état spontané dans les steppes semi-désertiques et les escarpements rocheux de l’Arabie méridionale, de la Corne de l’Afrique et de certaines régions indiennes.

Les principales zones de production contemporaines sont :

  • la Somalie (notamment le Puntland au nord), premier producteur mondial par les volumes, principalement pour le B. carteri et le B. frereana ;
  • l’Éthiopie, producteur majeur de B. papyrifera dont la production a fortement crû au cours des dernières décennies ;
  • l’Oman, producteur historique du B. sacra « hojari », à la qualité reconnue comme la plus prestigieuse ;
  • le Yémen, producteur traditionnel de B. sacra, dont la production est aujourd’hui perturbée par les conflits politiques ;
  • l’Inde (B. serrata), production destinée principalement aux usages locaux ayurvédiques et religieux ;
  • le Soudan, l’Érythrée, plusieurs pays de la Corne de l’Afrique en quantités secondaires.

Procédés d’extraction

La récolte de l’oliban suit une méthode traditionnelle plurimillénaire, transmise depuis l’Antiquité.

Les récolteurs pratiquent sur les arbres des incisions dans l’écorce, à l’aide d’un outil spécifique appelé « mengaff » ou « minqaf » en arabe (sorte de lame courte robuste). Le latex blanc exsude immédiatement de la blessure, se solidifie progressivement au contact de l’air en formant les « larmes » caractéristiques. Après quelques semaines, les larmes solidifiées sont récoltées et l’incision est généralement rouverte pour stimuler une nouvelle production. Ce processus peut être répété plusieurs fois par saison sur un même arbre, sur plusieurs décennies, lorsque la récolte est conduite avec soin.

Les larmes d’oliban sont triées selon leur couleur, leur pureté et leur taille en différents grades commerciaux (voir plus haut). Les meilleures qualités (notamment le « hojari » omanais) sont composées de larmes blanc-laiteux à blanc-jaunâtre, transparentes ou translucides, pures de tout débris.

Plusieurs produits commerciaux sont obtenus à partir des larmes :

L’oliban brut lui-même, utilisé directement pour les fumigations religieuses et l’encens traditionnel par chauffage sur des charbons. C’est l’usage dominant historique et contemporain de la matière, qui mobilise la grande majorité de la production mondiale.

L’huile essentielle d’oliban est obtenue par distillation à la vapeur des larmes broyées. Le rendement est de l’ordre de 3 à 10 % du poids de matière selon les espèces et les qualités, soit 30 à 100 kilogrammes d’huile essentielle pour une tonne de larmes. L’huile essentielle est liquide jaune pâle à jaune-or, à signature résineuse-fraîche caractéristique.

Le résinoïde d’oliban est obtenu par extraction au solvant des larmes, donnant un produit plus complet (contenant également les composés non volatils comme les acides boswelliques) que l’huile essentielle.

L’absolu d’oliban par traitement éthanolique du résinoïde existe également pour des applications premium.

L’extraction au CO supercritique est utilisée pour des productions premium, donnant un extrait particulièrement complet et fidèle.

Profil olfactif

Le profil olfactif de l’huile essentielle d’oliban classique (B. sacra) combine plusieurs dimensions :

  • une dimension résineuse-fraîche centrale, classique et immédiatement reconnaissable ;
  • une note « citronnée-pinède » apportée par l’α-pinène et le limonène, qui donne à l’oliban une luminosité singulière par rapport aux autres résines ;
  • une dimension « sacrée » ou « religieuse » difficile à décrire autrement, qui apporte une profondeur caractéristique — cette dimension est en grande partie liée à l’acétate d’incensole, dont la signature est intimement associée dans nos mémoires collectives aux fumigations d’église et aux rituels religieux ;
  • une touche épicée-poivrée délicate ;
  • une dimension boisée légère ;
  • une chaleur résineuse persistante en fond ;
  • une fraîcheur générale qui distingue l’oliban des résines plus chaudes (myrrhe, labdanum, baume du Pérou).

Histoire

L’histoire de l’encens est l’une des plus anciennes et des plus richement documentées parmi celles des matières premières aromatiques. Aucune autre matière n’a probablement joué un rôle aussi central dans l’histoire culturelle, religieuse et économique mondiale sur une durée aussi longueplus de cinq millénaires d’usage continu attesté.

L’Antiquité égyptienne témoigne abondamment de l’usage de l’encens. Plusieurs expéditions royales sont documentées pour rapporter l’encens du pays de Pount (région correspondant probablement au littoral somali et arabique sud), dont la plus célèbre est celle de la reine Hatchepsout (XVIII dynastie, vers 1470 av. J.-C.) dont les bas-reliefs du temple de Deir el-Bahari illustrent encore aujourd’hui en images. L’encens était brûlé dans les temples, utilisé dans les rites funéraires (fumigations purificatrices, embaumement) et dans la vie cosmétique quotidienne des élites. Les kyphis, mélanges d’encens et de plusieurs autres résines aromatiques, étaient célèbres dans l’Antiquité gréco-romaine.

La civilisation sud-arabique (royaumes de Saba, Hadramaout, Qataban, Ma’in, Himyar) tire l’essentiel de sa puissance économique du commerce de l’encens vers la Méditerranée. Cette « route de l’encens » (parfois appelée « route des aromates ») traversait la péninsule arabique du sud au nord, reliant les ports de la côte sud-arabique aux marchés méditerranéens (Gaza, Petra, Alexandrie). Plusieurs cités-États arabiques antiques (notamment Shabwa, Marib, Timna au Yémen, Petra en Jordanie) devaient l’essentiel de leur prospérité à ce commerce — qui justifia la richesse légendaire attribuée aux royaumes arabiques antiques dans les sources bibliques, gréco-romaines et orientales.

Les textes bibliques mentionnent abondamment l’encens. Le livre de l’Exode (30:34) inclut l’oliban (« lebonah » en hébreu, du même radical sémitique que l’arabe « lubân ») parmi les quatre composants de l’encens sacré du Tabernacle, aux côtés du stacte (nataf), de l’onyx (shecheleth) et du galbanum (helbenah). Le Nouveau Testament (Évangile de Matthieu, 2:11) raconte que les « Rois mages » ou « Mages venus d’Orient » offrirent à Jésus enfant trois présents symboliques : de l’or (royauté), de l’encens (divinité, prière) et de la myrrhe (humanité, mortalité). Cette trilogie or-encens-myrrhe a inscrit définitivement l’encens dans l’imaginaire chrétien comme matière sacrée par excellence.

Dans la civilisation gréco-romaine, l’encens est largement utilisé dans les rites religieux publics et privés. Pline l’Ancien consacre un long développement à l’encens dans son Histoire naturelle, décrivant le commerce sud-arabique et précisant les différentes qualités de la matière.

L’adoption chrétienne de l’encens comme matière liturgique s’opère progressivement aux premiers siècles de l’Église, malgré les réticences initiales de certains pères de l’Église qui associaient l’encens aux rites païens. À partir du IVe-Ve siècle, l’usage liturgique de l’encens est consolidé dans les Églises orientales (orthodoxe byzantine, copte, syriaque, éthiopienne, arménienne), où il devient l’un des éléments centraux du culte, et dans l’Église catholique romaine, où il est traditionnellement utilisé dans la messe solennelle, les bénédictions et plusieurs autres rites. Cette continuité liturgique chrétienne, perpétuée pendant plus de quinze siècles sans interruption, a soutenu la demande commerciale continue d’encens et a maintenu la filière de production des Boswellia somaliens, omanais, yéménites et éthiopiens.

Dans l’Islam, l’encens occupe également une place importante dans la culture du parfum et religieuse. Plusieurs traditions hadiths mentionnent l’usage de l’encens par le Prophète. L’encens reste largement utilisé aujourd’hui dans la vie quotidienne des pays arabes du Golfe (parfumage des maisons, rituels d’hospitalité) et dans plusieurs traditions soufies.

Dans l’hindouisme et le bouddhisme, l’encens (sous formes de mélanges complexes incluant souvent du B. serrata indien, du santal, du benjoin et plusieurs autres résines) joue un rôle central dans les rituels religieux, les offrandes et la méditation.

L’usage européen de l’encens, distinct des usages liturgiques chrétiens, se développe progressivement à partir du Moyen Âge et plus encore à la Renaissance. Plusieurs eaux composées italiennes et françaises incluent l’oliban, et la matière entre dans la palette des parfumeurs grassois aux XVIIe-XVIIIe siècles.

Au cours du XXe siècle, l’encens s’inscrit comme l’une des matières des compositions orientales classiques, sans toutefois être souvent revendiquée comme matière dominante. Plusieurs compositions néanmoins exploitent l’encens : Coty Émeraude (1921), Bal à Versailles (Jean Desprez, 1962), Magie Noire (Lancôme, 1978), et plusieurs autres.

L’essor de l’encens en parfumerie de niche intervient principalement depuis les années 1990-2000, avec des compositions revendiquant explicitement l’encens comme matière signature : Avignon (Comme des Garçons Incense Series, 2002) par Bertrand Duchaufour — composition de référence inspirée des cathédrales gothiques —, plusieurs Annick Goutal Encens, plusieurs Heeley Cardinal, et plusieurs dizaines d’autres compositions de niche.

Usage contemporain

Les enjeux contemporains de la filière encens sont considérables et préoccupants sur le plan écologique :

  • la surexploitation des peuplements naturels de Boswellia constitue le défi majeur. Plusieurs études ont documenté une réduction massive des populations sauvages dans certaines régions (notamment en Éthiopie pour le B. papyrifera), liée à des prélèvements excessifs, à des techniques d’incision agressives (incisions trop fréquentes ou trop profondes affaiblissant les arbres jusqu’à la mort), à la pression des herbivores (chèvres notamment, qui broutent les jeunes pousses), à l’urbanisation et au défrichement, au changement climatique (sécheresses récurrentes) ;
  • l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) a classé en 2018 le Boswellia papyrifera (la principale espèce productrice éthiopienne) comme « quasi menacé » (Near Threatened), et plusieurs études récentes appellent à un classement plus alarmant ;
  • des chercheurs néerlandais et éthiopiens ont publié en 2019 une étude majeure montrant que la production mondiale d’encens pourrait chuter de moitié d’ici 20 ans si les pratiques actuelles persistent, en raison de la mortalité élevée des arbres jeunes et de la régénération insuffisante des peuplements naturels ;
  • les enjeux géopolitiques sont également importants : les principales zones de production sont situées dans des régions politiquement instables (Somalie, Yémen en guerre civile, Soudan post-conflit, Éthiopie avec tensions intérieures récentes). Ces instabilités affectent à la fois la production, le commerce et les conditions de vie des récolteurs ;
  • les conditions de vie des balsameros (récolteurs traditionnels) sont souvent précaires, et plusieurs programmes de commerce équitable se développent pour améliorer leurs revenus ;
  • la CITES n’a pas (encore) inscrit les Boswellia sur ses annexes, mais cette possibilité est régulièrement évoquée ;
  • des programmes de plantation et de régénération se développent en Éthiopie, en Oman et dans d’autres pays producteurs pour assurer la pérennité de la ressource.

Plusieurs grandes maisons de parfumerie ont développé des partenariats directs avec des coopératives de récolteurs (notamment Givaudan avec des programmes en Éthiopie et en Somalie, Robertet, et plusieurs marques de luxe) pour sécuriser leur approvisionnement et soutenir les communautés productrices.

Rôles en composition

L’encens joue en parfumerie plusieurs rôles, à dominante résineuse-sacrée-fraîche, qui en font l’une des matières les plus expressives et les plus chargées d’imaginaire de la palette des parfums.

Son rôle le plus emblématique est celui d’élément des compositions orientales et sacrées, où il apporte la dimension « encens » caractéristique. Dans la structure orientale classique, l’encens dialogue avec les autres résines (myrrhe, labdanum, benjoin, opoponax, baumes), les bois chauds (santal, oud), les épices et les muscs pour construire la chaleur balsamique de la famille orientale. À la différence des résines plus chaudes, l’encens apporte une fraîcheur résineuse qui équilibre les fonds orientaux et leur évite l’excès de sucrosité.

Dans les compositions « sacrées » revendiquées (fragrances évoquant les cathédrales, les monastères, les rituels religieux, la méditation), l’encens est la matière signature par excellence. Plusieurs fragrances de niche exploitent cette dimension spirituelle comme axe créatif principal : Avignon (Comme des Garçons), Cardinal (Heeley), Encens Mythique d’Orient (Guerlain), Messe de Minuit (Etro), plusieurs Annick Goutal et plusieurs autres.

Dans les chyprés modernes et les fragrances « bois sombres », l’encens apporte une dimension résineuse-élégante qui complète les bois et les mousses.

Dans les masculines aromatiques et les eaux fraîches contemporaines, l’encens peut intervenir comme modulateur apportant une dimension de fraîcheur résineuse subtile.

Dans les fragrances « oud occidentales », l’encens dialogue avec l’oud et les autres matières orientales modernes pour construire des compositions évoquant le Moyen-Orient.

Dans les florales modernes, l’encens peut apporter une dimension fraîche-spirituelle qui équilibre la richesse florale et lui apporte une profondeur méditative.

Accords particulièrement réussis avec :

  • la myrrhe (couple classique « or et encens et myrrhe », parenté botanique Burséracées) ;
  • le labdanum, le benjoin, l’opoponax, le baume du Pérou (résines complémentaires) ;
  • les bois (santal, gaïac, cèdre, oud) ;
  • la rose (rose-encens classique des compositions orientales) ;
  • le safran, l’iris, le cuir dans les modernes orientales ;
  • les épices chaudes (cannelle, cardamome, clou de girofle) ;
  • les agrumes (bergamote, citron, mandarine) — l’accord agrumes-encens étant particulièrement caractéristique des compositions modernes ;
  • l’ambre (gris naturel ou substituts modernes) ;
  • la vanille dans les orientaux gourmands ;
  • les muscs synthétiques dans les fonds peau-cocooning ;
  • le patchouli dans les chyprés-orientaux ;
  • l’oud (couple essentiel des compositions moyen-orientales modernes) ;
  • l’immortelle dans les compositions chaudes-mielleuses ;
  • la fève tonka dans les fougères-orientales.

Quelques fragrances emblématiques marquées par l’encens :

Émeraude (Coty, 1921), Bal à Versailles (Jean Desprez, 1962), Magie Noire (Lancôme, 1978), Cinnabar (Estée Lauder, 1978), Opium (Yves Saint Laurent, 1977), Passion (Annick Goutal, 1989), Eau de Hadrien (Annick Goutal) dans certaines facettes, Norma Kamali Incense (1985), Avignon (Comme des Garçons Incense Series, 2002) par Bertrand Duchaufour — œuvre de référence consacrée à l’encens religieux —, Cardinal (Heeley, 2007), Messe de Minuit (Etro, 1994), Passage d’Enfer (L’Artisan Parfumeur, 1999) par Olivia Giacobetti, L’Eau Trois (Diptyque), Encens et Lavande (Serge Lutens, 1996), Bois d’Encens (Armani Privé), Encens Mythique d’Orient (Guerlain, 2014) par Thierry Wasser, Wonderoud (Comme des Garçons), La Nuit Trésor (Lancôme), Black Tea (Mariage Frères), plusieurs Hermessence, plusieurs Tom Ford Private Blend, plusieurs Profumum Roma, Annick Goutal Encens Flamboyant et Encens Suave, Eau d’Encens (Tauer), et un nombre considérable d’autres compositions classiques et contemporaines exploitant l’encens.

Mentions particulières :

Avignon de Comme des Garçons (2002) par Bertrand Duchaufour comme œuvre contemporaine de référence consacrée à l’encens. La composition, intégrée à la « Incense Series » de Comme des Garçons (qui comprend également Jaisalmer, Kyoto, Ouarzazate et Zagorsk, chacune évocatrice d’un grand lieu de spiritualité religieuse mondiale), évoque l’atmosphère des cathédrales gothiques d’Avignon par un accord encens-bois-vanille-cire-pierre froide d’une justesse remarquable. Duchaufour a démontré dans cette série la capacité de la parfumerie contemporaine à évoquer fidèlement des dimensions spirituelles précises, et Avignon est devenue une référence absolue pour l’étude olfactive de l’encens en parfumerie de niche.

L’encens représente, parmi les matières premières naturelles, l’une des plus chargées d’histoire culturelle et religieuse. Son inscription millénaire dans les civilisations égyptiennes, sud-arabiques, gréco-romaines, bibliques, chrétiennes, islamiques et asiatiques, son rôle structurant dans les rituels religieux mondiaux pendant plus de cinq millénaires, sa dimension symbolique comme matière de prière, de purification et de sacralité, en font une matière d’une densité de sens sans équivalent dans toute la palette parfumière. Sa filière contemporaine, fragile écologiquement et géopolitiquement, soulève des enjeux de durabilité majeurs pour la préservation de cette matière patrimoniale à long terme. La réussite des programmes de conservation des Boswellia et la régénération des peuplements naturels constitueront l’un des défis essentiels des prochaines décennies pour maintenir la disponibilité d’une matière qui a accompagné l’histoire humaine depuis ses origines historiques.

Stefane Girard
Stefane Girard
Spécialiste de la relation client et de la qualité de service, tout d’abord dans le tourisme puis dans d’autres secteurs en tant que consultant, j’ai également géré une société de vente en ligne d’articles de luxe. Tout au long de ma vie, j’ai étudié des sujets qui m’ont permis de développer une sensibilité pour l’esthétique et l’admiration du savoir-faire de ceux qui travaillent avec passion et talent à magnifier notre quotidien : les artisans d'art. Ce site me permet de partager avec vous mes centres d’intérêt et de rendre hommage à ces artisans de l’excellence.
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