Origine botanique et géographique
La myrrhe en parfumerie provient de l’oléogomme-résine sécrétée par plusieurs espèces du genre Commiphora (famille des Burséracées — même famille botanique que l’encens du genre Boswellia, l’opoponax, l’élémi, le baume du Pérou et le baume de Tolu). La coexistence de l’encens (Boswellia) et de la myrrhe (Commiphora) au sein des Burséracées et leur présence géographique parallèle dans la Corne de l’Afrique et l’Arabie méridionale ne sont pas des coïncidences : elles reflètent une convergence évolutive vers la production de résines aromatiques chez plusieurs lignées d’arbres adaptés aux climats arides du nord-est de l’Afrique et de la péninsule Arabique.
Sur les plus de 200 espèces que comporte le genre Commiphora, plusieurs sont exploitées commercialement pour la production de myrrhe pour la parfumerie et pour des matières apparentées :
Le Commiphora myrrha (Nees) Engl. (parfois également désigné sous le synonyme Commiphora molmol Engler, dont le statut taxonomique reste débattu — certaines sources les considèrent comme deux espèces distinctes, d’autres comme synonymes) constitue la source principale de la myrrhe commerciale mondiale. Originaire des régions arides du nord-est de l’Afrique (Somalie, Éthiopie, Érythrée) et de l’Arabie méridionale (Yémen), cette espèce produit la résine la plus utilisée en parfumerie et en aromathérapie contemporaines.
Le Commiphora gileadensis (L.) C.Chr. (synonymes : C. opobalsamum, Balsamodendrum gileadense) est l’arbre traditionnellement associé au « baume de Galaad » ou « baume de la Mecque » mentionné dans la Bible et plusieurs sources antiques. Sa production est aujourd’hui marginale.
Le Commiphora erythraea (Ehrenb.) Engl. et le Commiphora guidottii Chiov. produisent l’opoponax (parfois appelé « myrrhe douce » ou « sweet myrrh »), résine apparentée mais à profil olfactif distinct (voir la fiche opoponax).
Le Commiphora abyssinica (Berg) Engl. produit la « myrrhe bisabolol », à profil chimique différent.
Le Commiphora wightii (Arn.) Bhandari produit la « myrrhe indienne » ou « guggul », utilisée principalement dans la médecine ayurvédique.
D’autres espèces interviennent ponctuellement, et la distinction commerciale entre les différentes qualités de myrrhe et d’opoponax fait l’objet d’une classification traditionnelle complexe dans les pays producteurs.
L’arbre de Commiphora se présente comme un petit arbre épineux ou un arbuste robuste de 3 à 6 mètres de hauteur à maturité, à port étalé, à écorce gris-pâle qui se desquame en lambeaux papyracés (caractère commun avec plusieurs Burséracées). Les branches portent des épines caractéristiques. Les feuilles sont composées trifoliolées, petites, caduques (la plante perdant ses feuilles durant la longue saison sèche). Les fleurs sont petites, jaunes-blanchâtres. Les fruits sont des drupes. L’arbre est parfaitement adapté aux environnements arides : faibles précipitations, fortes températures, sols rocheux et caillouteux.
Une particularité essentielle : la résine se forme principalement par exsudation naturelle dans certaines conditions (sécheresse, blessures naturelles), ou par incisions provoquées par les récolteurs. Les larmes brun-rouge à brun-noir se solidifient sur l’écorce.
Les principales zones de production contemporaines sont :
- la Somalie, premier producteur mondial de myrrhe (essentiellement le C. myrrha), particulièrement dans les régions semi-arides du nord et du centre ;
- l’Éthiopie, producteur significatif, dans les régions de l’Ogaden et du sud du pays ;
- le Yémen, producteur traditionnel (production aujourd’hui affectée par les conflits) ;
- l’Érythrée ;
- le Kenya (régions septentrionales), producteur secondaire ;
- le Soudan ;
- l’Oman (production secondaire pour la myrrhe, plus importante pour l’encens) ;
- l’Inde (Gujarat, Rajasthan) pour le C. wightii (myrrhe indienne / guggul).
Procédés d’extraction
La récolte de la myrrhe suit une méthode traditionnelle plurimillénaire, transmise depuis l’Antiquité.
Les récolteurs pratiquent sur les arbres adultes des incisions dans l’écorce, à l’aide d’outils simples (lames courtes, pierres). Le latex exsude de la blessure et se solidifie progressivement au contact de l’air en formant les larmes caractéristiques. Les « larmes » de myrrhe sont plus grosses que celles de l’oliban, brun-rouge à brun-noir profond, opaques ou semi-translucides, à surface mate souvent recouverte d’une fine poudre claire.
Les arbres peuvent être incisés plusieurs fois au cours de la saison, et l’exsudation spontanée (sans incision) constitue également une part de la production : la simple sécheresse intense peut provoquer des craquelures naturelles dans l’écorce, à partir desquelles la résine s’écoule.
Les larmes sont ensuite récoltées, triées selon leur qualité (couleur, pureté, taille) et conditionnées pour la commercialisation. Les meilleures qualités présentent des larmes rouge-brun profondes, uniformes et pures.
Plusieurs produits commerciaux sont obtenus à partir des larmes :
La myrrhe brute elle-même est utilisée directement pour les fumigations religieuses et les encens traditionnels par combustion sur charbons. Elle est également broyée pour entrer dans les préparations pharmaceutiques traditionnelles (la « teinture de myrrhe » étant inscrite dans toutes les pharmacopées européennes du XVIIe-XXe siècle).
L’huile essentielle de myrrhe est obtenue par distillation à la vapeur des larmes préalablement broyées. La distillation est conduite pendant plusieurs heures à une journée. Le rendement est de l’ordre de 3 à 8 % du poids de larmes, soit 30 à 80 kilogrammes d’huile essentielle pour une tonne de matière. L’huile est liquide jaune-or à brun-or, parfois opaque-trouble, à signature olfactive immédiatement reconnaissable.
Le résinoïde de myrrhe est obtenu par extraction au solvant des larmes, donnant un produit visqueux brun-rouge plus complet que l’huile essentielle.
L’absolu de myrrhe par traitement éthanolique du résinoïde existe pour des applications premium.
La teinture de myrrhe par macération alcoolique a constitué pendant des siècles l’une des préparations de la parfumerie et pharmaceutiques les plus utilisées.
L’extraction au CO2 supercritique est utilisée pour des productions premium.
Profil olfactif
Le profil olfactif de la myrrhe combine plusieurs dimensions :
- une dimension balsamique chaude centrale, opaque et profonde, qui distingue radicalement la myrrhe de l’encens (plus frais et plus résineux-pinède) ;
- une note « médicinale » discrète mais caractéristique, qui rappelle certaines préparations pharmaceutiques traditionnelles ;
- une signature légèrement amère apportée par les composés sesquiterpéniques signatures ;
- une dimension fumée chaude délicate ;
- une note terreuse-poussiéreuse caractéristique ;
- une touche épicée légère ;
- une dimension « sacrée chaude » distincte de celle de l’encens (la myrrhe étant plus chaude, plus opaque et plus mystérieuse que la fraîcheur résineuse de l’encens) ;
- une persistance considérable.
Le contraste myrrhe-encens est l’une des dualités les plus caractéristiques de la palette des parfums sacrées : l’encens offre une dimension claire, fraîche, lumineuse, « montante » (les volutes d’encens montent vers le ciel) ; la myrrhe offre une dimension chaude, opaque, « descendante », plus terrienne. Cette opposition complémentaire fonde la polarité encens-myrrhe des compositions sacrées classiques et modernes.
Histoire
L’histoire de la myrrhe est, comme celle de l’encens, l’une des plus anciennes et des plus chargées culturellement parmi celles des matières premières aromatiques. Aucune autre matière, hormis peut-être l’encens, n’a probablement joué un rôle aussi central dans l’histoire religieuse et culturelle de l’humanité sur plus de cinq millénaires.
L’Antiquité égyptienne témoigne abondamment de l’usage de la myrrhe. La myrrhe figure dans les expéditions royales vers le pays de Pount (région correspondant probablement à la Somalie et au Yémen actuels). Les bas-reliefs de l’expédition de Hatchepsout (XV siècle av. J.-C.) à Deir el-Bahari montrent les arbres à myrrhe rapportés en Égypte. La myrrhe était utilisée dans :
- l’embaumement rituel des momies royales (les techniques d’embaumement égyptien utilisaient massivement la myrrhe pour ses propriétés antiseptiques et préservatrices) ;
- les fumigations dans les temples ;
- les onguents royaux et cosmétiques de l’élite ;
- les rituels funéraires ;
- la médecine traditionnelle égyptienne.
Le Papyrus Ebers (vers 1500 av. J.-C.), traité médical égyptien parmi les plus anciens conservés, mentionne abondamment la myrrhe dans plusieurs préparations.
Les textes bibliques mentionnent la myrrhe à de très nombreuses reprises, faisant de cette matière l’une des plus chargées symboliquement dans l’imaginaire religieux occidental.
Dans l’Ancien Testament :
- l’Exode (30:23-25) inclut la myrrhe (« mor » en hébreu) parmi les principaux composants de l’huile d’onction sainte que Moïse devait préparer pour la consécration du Tabernacle, du Tabernacle, de l’autel et d’Aaron ;
- le Cantique des Cantiques mentionne la myrrhe à de très nombreuses reprises comme symbole amoureux et érotique (« mon bien-aimé est pour moi un sachet de myrrhe », « ses lèvres sont des lis qui distillent la myrrhe »…) ;
- les Psaumes et plusieurs livres prophétiques mentionnent la myrrhe ;
- le livre d’Esther mentionne la myrrhe parmi les préparations de beauté des futures épouses royales perses.
Dans le Nouveau Testament :
- l’Évangile de Matthieu (2:11) raconte que les Rois mages offrirent au Christ enfant trois présents symboliques : l’or (royauté), l’encens (divinité), et la myrrhe (humanité, mortalité, futur ensevelissement) ;
- l’Évangile de Marc (15:23) mentionne le vin myrrhé offert à Jésus lors de la crucifixion comme anesthésique rituel (Jésus refuse de le boire) ;
- l’Évangile de Jean (19:39) mentionne que Nicodème apporta « environ cent livres » de myrrhe et d’aloès pour l’ensevelissement de Jésus.
Cette trilogie symbolique de la myrrhe – onction sacrée, amour érotique, embaumement funéraire – fait de cette matière l’une des plus chargées de toute la culture sémitique et chrétienne.
Dans l’Antiquité gréco-romaine, la myrrhe est mentionnée par Hérodote, Théophraste, Dioscoride, Pline l’Ancien et plusieurs autres auteurs. Dioscoride consacre plusieurs chapitres de son De Materia Medica aux différentes qualités de myrrhe et à leurs usages médicinaux. La myrrhe figure dans les kyphis égyptiens et plusieurs autres compositions parfumières classiques.
Une légende mythologique grecque raconte que la myrrhe naquit des larmes de Myrrha, princesse mortelle ayant commis l’inceste involontaire avec son père Cinyras, transformée en arbre par les dieux pour échapper au châtiment. Cette légende, narrée par Ovide dans les Métamorphoses, donne à la myrrhe une dimension tragique et lacrymale dans l’imaginaire mythologique antique. De cette union naquit Adonis, jeune dieu de la beauté.
Dans la tradition chrétienne médiévale, la myrrhe perpétue son rôle liturgique et médicinal. Les « Trois Rois mages » sont représentés massivement dans l’art médiéval et Renaissance, fixant dans la culture européenne la trilogie or-encens-myrrhe comme cadeau christique par excellence.
Dans la médecine traditionnelle chinoise, la myrrhe (importée de l’Arabie via la Route de la Soie) est intégrée dans la pharmacopée sous le nom de « mo yao », et utilisée pour ses propriétés anti-inflammatoires et cicatrisantes.
L’usage européen moderne de la myrrhe se développe au cours des XIXe et XXe siècles, parallèlement à l’expansion de la parfumerie alcoolique. Plusieurs grandes fragrances orientales en font usage : Coty Émeraude (1921), Habanita (1921), Vol de Nuit (Guerlain, 1933), Magie Noire (Lancôme, 1978), et plusieurs autres compositions classiques.
L’essor de la myrrhe en parfumerie de niche moderne intervient principalement depuis les années 1990-2000, avec des compositions revendiquant explicitement la myrrhe : Myrrhe Ardente (Annick Goutal, 1998), Eau Trois (Diptyque), Eau Noire (Dior, 2004) par Francis Kurkdjian, Myrrh & Tonka (Jo Malone), et plusieurs dizaines d’autres.
Usage contemporain
Les enjeux contemporains de la filière myrrhe sont préoccupants, parallèlement à ceux de la filière encens :
- la surexploitation des peuplements naturels de Commiphora myrrha dans la Corne de l’Afrique, similaire à celle des Boswellia ;
- les conditions de production en Somalie (instabilité politique, conflits, contrôle territorial fragmenté), qui affectent directement la chaîne d’approvisionnement ;
- le changement climatique et les sécheresses récurrentes dans la Corne de l’Afrique, qui menacent les populations naturelles d’arbres ;
- les conditions de vie des récolteurs traditionnels, généralement issus de communautés rurales isolées et économiquement précaires ;
- la traçabilité complexe des origines ;
- l’absence (à la date de cette fiche) de protection CITES, malgré des préoccupations écologiques documentées par plusieurs études récentes ;
- les adultérations possibles (mélanges avec d’autres résines moins coûteuses, opoponax substitué frauduleusement à la myrrhe).
Plusieurs grandes maisons de parfumerie ont développé des partenariats avec des coopératives de récolteurs somaliens, éthiopiens et kényans pour sécuriser leur approvisionnement et soutenir les communautés productrices.
Rôles en composition
La myrrhe joue en parfumerie plusieurs rôles, à dominante chaude-balsamique-sacrée, qui en font l’une des matières les plus chargées d’imaginaire de la palette des parfums.
Son rôle le plus emblématique est celui d’élément des compositions orientales et sacrées. Dans la structure orientale classique, la myrrhe dialogue avec l’encens, le labdanum, le benjoin, les baumes (Pérou, Tolu), l’opoponax et plusieurs autres résines pour construire la chaleur balsamique caractéristique. Sa dimension chaude-opaque-mystérieuse complète et nuance la fraîcheur résineuse de l’encens.
Dans les compositions « sacrées » revendiquées (fragrances évoquant les cathédrales, les rituels religieux, la méditation, les traditions chrétiennes), la myrrhe est l’une des matières signatures par excellence, souvent en accord avec l’encens. Plusieurs fragrances de niche exploitent cette dimension biblique comme axe créatif principal.
Dans les fragrances « gothiques » modernes, la myrrhe apporte une dimension sombre-mystérieuse appréciée des compositions évoquant des atmosphères contemplatives.
Dans les florales-orientales, la myrrhe chauffe et prolonge les bouquets floraux, particulièrement en accord avec la rose (l’accord rose-myrrhe est l’un des plus emblématiques de la parfumerie de niche moderne) et l’iris.
Dans les fragrances cuirées orientales, la myrrhe apporte une dimension balsamique-cuirée subtile.
Dans les gourmands modernes, la myrrhe peut intervenir en accord avec le chocolat, le café ou le caramel pour des effets chaud-bitter sophistiqués.
Dans les fragrances « oud occidentales », la myrrhe dialogue avec l’oud et les autres matières orientales pour construire des compositions à dimension moyen-orientale.
Accords particulièrement réussis avec :
- l’encens (couple sacré fondamental, parenté botanique Burséracées) ;
- le labdanum (couple « ambre-myrrhe » caractéristique des orientales) ;
- l’opoponax (parenté botanique étroite, accord « myrrhes » naturel) ;
- le benjoin dans les chaleurs balsamiques ;
- le baume du Pérou, le baume de Tolu, les autres résines orientales ;
- la rose (accord rose-myrrhe emblématique de la parfumerie de niche) ;
- l’iris dans les iris-myrrhes mystiques ;
- la vanille dans les orientaux gourmands ;
- les bois (santal, gaïac, oud, cèdre Atlas) ;
- les épices chaudes (cannelle, cardamome, clou de girofle) ;
- le safran dans les modernes orientales ;
- le patchouli dans les chyprés-orientaux ;
- l’ambroxide et les ambres modernes ;
- les muscs synthétiques dans les fonds peau ;
- le cuir dans les masculines orientales ;
- le café et le chocolat dans les gourmands modernes ;
- l’immortelle dans les chaleurs mielleuses ;
- la fève tonka dans les fougères-orientales.
Quelques fragrances emblématiques marquées par la myrrhe :
Coty Émeraude (1921) — composition orientale pionnière exploitant la myrrhe —, Habanita (Molinard, 1921), Tabac Blond (Caron, 1919), Shalimar (Guerlain, 1925) dans ses facettes, Vol de Nuit (Guerlain, 1933), Magie Noire (Lancôme, 1978), Cinnabar (Estée Lauder, 1978), Opium (YSL, 1977), Myrrhe Ardente (Annick Goutal, 1998) par Isabelle Doyen — composition de niche emblématique consacrée à la myrrhe —, La Myrrhe (Serge Lutens, 1995) par Christopher Sheldrake, L’Eau Trois (Diptyque, 1975, reformulé), Eau Noire (Dior, 2004) par Francis Kurkdjian — composition exploitant la myrrhe en accord avec l’immortelle —, Mira Ceti (Bruno Acampora), Ambre Sultan (Serge Lutens) dans son fond, Eau du Désert (Patricia de Nicolaï), Ambre Russe (Parfum d’Empire), Bois d’Encens (Armani Privé), Encens et Lavande (Serge Lutens) dans ses facettes, Mitsouko (Guerlain, 1919), plusieurs Hermessence, plusieurs Maison Francis Kurkdjian, Spiritueuse Double Vanille (Guerlain), Tobacco Vanille (Tom Ford), plusieurs Tom Ford Private Blend, et un nombre considérable d’autres compositions classiques et contemporaines exploitant la myrrhe.
Mention spéciales :
La Myrrhe (Serge Lutens, 1995) par Christopher Sheldrake comme œuvre de référence consacrée à la myrrhe en parfumerie de niche. La composition exploite la myrrhe dans une structure aldéhydée-florale-balsamique d’une singularité remarquable, en accord avec aldéhydes, mandarine, jasmin, ylang, lotus et opoponax. La Myrrhe démontre la capacité de la myrrhe à porter une fragrance entière dans une signature inédite et moderne, à des années-lumière des usages orientaux traditionnels.
Myrrhe Ardente (Annick Goutal, 1998) par Isabelle Doyen mérite également mention comme œuvre contemporaine exploitant la myrrhe dans une signature « ardente » chaude-mystique en accord avec miel, opoponax et bois.
La myrrhe représente, parmi les matières premières naturelles, l’une des plus chargées d’histoire et l’une des plus emblématiques de l’imaginaire sacré mondial. Son inscription millénaire dans les cultures égyptienne, biblique, gréco-romaine, chrétienne, islamique et asiatique, son rôle structurant dans la trilogie biblique or-encens-myrrhe, sa polysémie symbolique (consécration sainte, amour érotique, embaumement funéraire), son rôle dans les compositions orientales classiques et de niche, en font une matière d’une densité de sens sans équivalent dans toute la palette du parfumeur. Sa filière contemporaine, fragile sur le plan écologique et géopolitique, soulève des enjeux de durabilité majeurs parallèles à ceux de l’encens, et son avenir dépendra largement de la capacité des programmes de conservation à préserver les peuplements naturels de Commiphora dans la Corne de l’Afrique et l’Arabie méridionale. Cette matière, dont l’odeur a accompagné l’histoire spirituelle de l’humanité depuis plus de cinq mille ans, demeure aujourd’hui l’une des plus mystérieuses et des plus profondes de la palette contemporaine.
