Difficile d’aborder le Château d’Yquem sans parler du passé illustre du château, sa clientèle distinguée et la complexité de son précieux nectar doré. L’histoire du domaine – une épopée riche en personnages hauts en couleurs et en événements – commence bien avant son couronnement en 1855, lorsqu’il devient le seul et unique Premier Cru Supérieur de Bordeaux, sans oublier le château le plus haut classé de Sauternes. Au fil des siècles, la propriété est passée du roi d’Angleterre à la noblesse française, sur plusieurs générations comme un héritage des plus précieux. Regardons de plus près quelques-unes des réalisations les plus importantes du château, avant de passer aux bonnes choses : le style inimitable de ses vins de légende.
Château d’Yquem : histoire du château et du vignoble
Au Moyen Âge, le château d’Yquem appartient au roi d’Angleterre, lorsque l’Angleterre régnait encore sur une grande partie du Bordeaux d’aujourd’hui. En 1453, sous le roi Charles VII, la région passe sous la domination de la couronne française puis en 1593 passe à Jacques Sauvage, descendant d’une famille noble locale qui jouira de la tenure féodale du château avant de finalement l’acheter en 1711.
Avant même de revendiquer la pleine propriété de la propriété, la famille Sauvage commence à en faire ce qu’elle est aujourd’hui, en construisant le château lui-même et replanter son vignoble avec des raisins exclusivement blancs.
Les archives montrent qu’à cette époque la pratique de l’élaboration de vins à partir de raisins atteints de pourriture noble est déjà très répandue dans la région, et le château d’Yquem bénéficie d’une situation géographique idéale favorisant une attaque de botrytis.

En 1785, Françoise Joséphine de Sauvage d’Yquem épouse le comte Louis Amédée de Lur Saluces, décédé trois ans plus tard dans un malheureux accident de cheval. C’est alors que la veuve reprend la gestion du domaine, le gardant dans la famille pendant les années difficiles de la Révolution française et renforçant sa renommée internationale.
En 1826, elle fait construire un nouveau chai et, avec l’aide de son intendant Garos, perfectionne la technique des vendanges en plusieurs passes. Les vins d’Yquem ont à ce stade attiré des amateurs très remarqués, dont Thomas Jefferson qui a visité le château et aurait commandé 250 bouteilles du millésime 1784 pour lui et George Washington.
En 1859 le Grand-Duc Constantin et frère du tsar Alexandre Ier de Russie déboursera 20 000 francs pour un baril de 900 litres d’Yquem, soit près de 4 fois le prix de l’époque.
A la mort de Lady Yquem en 1851, son petit-fils, Romain-Bertrand de Lur Saluces devient directeur général de l’ancien château légendaire. En tant que gestionnaire de la propriété, il apporte plusieurs améliorations importantes, dont la construction d’un système de drainage qui couvre aujourd’hui près de 80 % du vignoble d’Yquem. C’est sous lui aussi, que le château reçoit l’appellation du seul et unique Premier Cru Supérieur dans le célèbre classement de 1855 de l’empereur Napoléon III.
Durant la seconde moitié du XIXe siècle, le château prospère, étendant sa renommée internationale et son commerce extérieur jusqu’au Japon. Mais le phylloxéra frappe à la fin du XIXe siècle et pendant la Première Guerre mondiale, le château devient un hôpital militaire.
Après avoir servi comme officier dans les tranchées, le marquis Bertrand de Lur-Saluces revient dans son domaine bien-aimé et le gère pendant près d’un demi-siècle, protégeant fermement l’héritage familial pendant la dure récession des années 30 et la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle il a été détenu pendant deux ans.
En 1966, le domaine passe au neveu de Bertrand, Alexandre de Lur-Saluce qui remet le domaine sur pied jusqu’à ce qu’il refleurisse.
À la fin des années 90, la propriété est progressivement acquise par LVMH, marquant un nouveau chapitre de l’histoire de Château d’Yquem.
Château d’Yquem : terroir et fabrication du vin

Le vignoble du château d’Yquem s’étend sur 113 hectares, dont seulement une centaine produisent du raisin à chaque millésime. Le reste des vignes est soit en cours de replantation, soit laissé en suivi, soit en croissance au point de répondre aux normes strictes du domaine pour les vignes productives.
Le terroir est planté à 75 % de Sémillon, qui donne structure et corps à l’assemblage final, et 25 % de Sauvignon Blanc, qui apporte des arômes caractéristiques pour une touche finale plus élégante.
Les vignes sont plantées dans une couche végétale chaude et sèche de galets plats et de graves sur un sous-sol argileux avec de bonnes réserves d’eau, qui sont drainées grâce au système de drainage construit au XXIe siècle.
Le sol reçoit des soins attentifs, avec des mises à la terre et non mises à la terre régulières, ne recevant que des engrais organiques. Les vignes sont taillées sévèrement en hiver et taillées en vert en été pour contrôler le rendement et maximiser la qualité.
Les raisins ne sont cueillis qu’après avoir atteint 20° d’alcool potentiel (ou 360 grammes de sucre/L), et pendant que l’équipe attend, elle coure le risque de perdre des récoltes dans les conditions glaciales de la fin de l’automne.
Les vendanges n’ont lieu que dans les millésimes jugés dignes de l’appellation Château d’Yquem, et se déroulent en 5-6, voire parfois plus de 10 passages.

Au chai, les raisins sont pressés 3 à 4 fois et les jus plus ou moins sucrés sont assemblés avant la fermentation en fûts de chêne 100 % neufs. La fermentation s’arrête naturellement lorsque la teneur en alcool atteint 12,5° à 14,5°, selon la teneur en sucre du moût (l’idéal étant de 13,5° avec 120-150 g/L de sucre résiduel).

Chaque vin vieillisse 6 à 8 mois, après quoi un premier assemblage est réalisé et soigneusement dégusté. S’ils sont jugés acceptables, les barriques sont déplacées vers la cave d’élevage où elles passent 20 mois, avec 2 appoints, 15 soutirages et un collage pour éliminer les sédiments.
Château d’Yquem : les millésimes

Si l’équipe du château d’Yquem fait de son mieux pour produire un vin chaque année, la nature n’est parfois pas si généreuse. En effet, dans les années 1910, 1915, 1930, 1951, 1952, 1964, 1972, 1974, 1992 et 2012, le domaine a déclassé les vendanges et n’a pas fait de vin.
Des raisins déjà infectés par le botrytis mais n’ayant pas atteint le niveau de maturité requis pour un Yquem sont utilisés pour produire la cuvée « Y » blanc sec du domaine, qui est vendue en vrac ou est réservée aux salariés.
Les millésimes les plus prisés d’Yquem sont : 2016, 2015, 2014, 2013, 2011, 2010, 2009, 2007, 2005, 2003, 2001, 1997, 1996, 1990, 1989, 1988, 1986, 1983, 1976, 1975, 1967, 1962, 1959, 1949, 1947, 1945, 1937, 1929, 1927, 1921, 1893, 1869, 1847 et 1811.
Les trois millésimes 1988, 1989 et 1990 sont particulièrement célèbres.
