Créé à l’origine pour les Bvlgari Hotels & Resorts, Eau Parfumée Thé Impérial rejoint la collection parfumée de la maison romaine. Autour du thé noir du Sri Lanka, des agrumes italiens et d’un fond musqué, cette création prolonge l’histoire ouverte par Eau Parfumée au Thé Vert en 1992.
Dans l’univers du parfum, certaines créations naissent pour la peau, d’autres pour un lieu. Eau Parfumée Thé Impérial appartient d’abord à la seconde catégorie. Avant de rejoindre les rayons de la collection Bvlgari, cette fragrance a longtemps circulé dans un cadre plus discret : celui des Bvlgari Hotels & Resorts. Elle accueillait les voyageurs dans les chambres et les espaces de la maison hôtelière, comme une signature olfactive réservée aux initiés, liée à la sensation d’arrivée, de repos et de retour au calme après le voyage.
Bvlgari en fait désormais une création à porter. Le geste paraît simple : mettre en flacon une senteur d’hôtel très demandée par les clients. Il dit pourtant beaucoup de l’évolution du parfum de luxe. Les maisons ne se contentent plus de vendre une fragrance ; elles cherchent à prolonger une atmosphère, une adresse, un souvenir, parfois même une manière d’habiter le monde. Thé Impérial transforme ainsi un parfum de lieu en parfum personnel, sans rompre le lien avec l’hospitalité italienne qui l’a vu naître.
La création rejoint en 2026 la collection Eau Parfumée, ligne centrale de l’histoire olfactive Bvlgari. Son arrivée intervient plus de trente ans après Eau Parfumée au Thé Vert, lancée en 1992 et devenue l’un des parfums de thé les plus importants de la parfumerie contemporaine. Avec Thé Impérial, la maison romaine déplace le sujet vers un thé noir plus enveloppant, des agrumes italiens plus solaires et un accord musqué travaillé dans une idée de confort.
L’héritage d’Eau Parfumée au Thé Vert
Pour comprendre Thé Impérial, il faut revenir à Eau Parfumée au Thé Vert. En 1992, Bvlgari entre dans le parfum par une porte très singulière. La maison de joaillerie présente une eau autour du thé vert, imaginée à l’origine comme un cadeau destiné à ses meilleurs clients de haute joaillerie. Le flacon initial, proposé dans un format généreux de 350 ml, relevait davantage du geste privé que du lancement classique.
La création, signée Jean-Claude Ellena, impose alors une autre manière de penser la fraîcheur. Le thé vert apporte une sensation limpide, aérienne, presque transparente, loin des colognes hespéridées traditionnelles ou des parfums opulents de la période. La fragrance s’adresse aux femmes comme aux hommes, dans une époque où cette fluidité olfactive reste encore peu commune sur le marché de prestige. Elle installe Bvlgari dans un territoire propre : celui d’une parfumerie de peau, cultivée, liée aux matières végétales et aux rituels de soin.
Cette histoire compte, car Thé Impérial arrive dans une ligne où le thé sert de fil conducteur depuis plus de trois décennies. Thé Vert, Thé Blanc et désormais Thé Impérial composent une grammaire olfactive fondée sur les infusions, les matières botaniques, les agrumes, les muscs et la notion de bien-être. La maison parle d’un jardin botanique Bvlgari, manière de relier ses parfums à l’observation des plantes, à leurs effets perçus et à leur traduction en fragrance.
Dans cette série, Thé Impérial occupe une place plus chaude. Là où Thé Vert reste associé à la fraîcheur des feuilles jeunes et à la bergamote, Thé Impérial avance vers un registre plus doré. Le thé noir du Sri Lanka donne de la profondeur ; les agrumes italiens apportent l’éclat ; les muscs prolongent la sensation d’enveloppement. L’ensemble garde l’esprit d’une eau parfumée, mais avec une présence plus liée à l’intimité d’un lieu habité.
Jacques Cavallier-Belletrud et la mémoire des hôtels Bvlgari
Eau Parfumée Thé Impérial a été composée par Jacques Cavallier-Belletrud. Le parfumeur a conçu cette signature en 2017 pour les Bvlgari Hotels & Resorts, avec une idée précise : accueillir le voyageur après l’effort du déplacement. La fragrance devait calmer, rafraîchir, envelopper sans envahir. Dans l’hôtellerie de luxe, un parfum d’ambiance doit trouver un équilibre délicat. Il doit être reconnaissable sans saturer l’espace, présent sans fatiguer, mémorisable sans devenir intrusif.
Cette contrainte a façonné Thé Impérial. La fragrance ne cherche pas l’effet de sillage spectaculaire. Elle travaille plutôt une impression de linge frais, de lumière méditerranéenne, de thé infusé, de peau propre et de confort discret. Jacques Cavallier-Belletrud a évoqué l’idée d’une sensation proche d’un cachemire posé sur la peau. L’image est parlante, à condition de ne pas la réduire à une douceur vague : elle décrit une forme de chaleur légère, une matière qui accompagne le corps sans l’alourdir.
Le passage du parfum d’hôtel au parfum portable suppose toutefois un changement d’échelle. Dans une chambre, la fragrance se diffuse dans l’air, rencontre le bois, les textiles, la climatisation, la lumière, le temps de séjour. Sur la peau, elle se concentre, évolue, se confronte à la chaleur corporelle et au rythme de la journée. Thé Impérial devait donc garder son identité d’origine tout en devenant suffisamment personnel pour être porté hors du contexte hôtelier.

Bvlgari répond à cette transition en intégrant la fragrance à la collection Eau Parfumée et en l’accompagnant de produits pour le bain et le corps. Cette extension renforce le lien avec l’hospitalité : gel douche, lotion corporelle et parfum permettent de retrouver chez soi le rituel découvert dans les hôtels de la maison. La stratégie est cohérente. Elle ne vend pas seulement une senteur ; elle transpose une expérience de séjour dans le quotidien.
Agrumes italiens, thé noir du Sri Lanka et muscs
La construction olfactive de Thé Impérial repose sur un accord lisible : agrumes italiens, thé noir du Sri Lanka et muscs. Les agrumes donnent l’ouverture. Citron, bergamote et mandarine composent une lumière vive, presque immédiate, sans la dureté parfois mordante des colognes très zeste. Chez Bvlgari, cette dimension hespéridée renvoie naturellement à l’Italie, à Rome, aux jardins, aux pierres chauffées par le soleil et à l’idée d’une fraîcheur méditerranéenne maîtrisée.
Le thé noir apporte la structure. À la différence du thé vert, plus végétal, plus aqueux, plus cristallin, le thé noir possède une profondeur sèche, légèrement tannique, parfois fumée selon son traitement. Dans Thé Impérial, il agit comme une charpente douce. Il donne au parfum une tenue plus calme, moins volatile qu’un simple bouquet d’agrumes. Il ajoute aussi une part culturelle : le thé devient une matière de voyage, liée aux routes d’échange, aux salons, aux rituels d’accueil et aux moments de pause.
Les muscs installent le fond. Ils ne cherchent pas à dominer la composition, mais à prolonger la sensation de propreté chaude. Leur rôle consiste à arrondir les agrumes, à rendre le thé plus moelleux, à transformer la fragrance en présence proche de la peau. Cette écriture correspond bien à l’usage initial du parfum d’hôtel : créer une atmosphère agréable, suffisamment enveloppante pour marquer le souvenir, assez aérienne pour ne pas saturer une pièce.
Le résultat appartient au registre des eaux lumineuses, mais avec une densité plus hôtelière que balnéaire. Thé Impérial ne semble pas conçu comme un parfum de fraîcheur pure. Il s’adresse plutôt à ceux qui recherchent une eau de luxe apaisée, facile à porter, raffinée dans sa construction, avec une identité moins attendue que celle des hespéridés classiques.
Un flacon réinscrit dans la collection Eau Parfumée
Bvlgari accompagne ce lancement d’un travail sur le flacon et l’identité visuelle de la collection. La silhouette de l’Eau Parfumée conserve son décolleté de verre, référence à une sensualité discrète et à la verticalité des colonnes antiques romaines. Pour Thé Impérial, la couleur évolue vers des nuances orangées, comme une lumière interne associée aux feuilles de thé baignées d’or et aux agrumes mûrs.

Ce choix chromatique joue un rôle important. Dans une collection construite autour du thé, la couleur devient un repère immédiat. Le vert parle de fraîcheur végétale, le blanc de douceur musquée, l’orangé de chaleur solaire. Thé Impérial s’installe donc visuellement comme la proposition la plus lumineuse et la plus accueillante de la ligne, celle qui prolonge le mieux le lien avec l’hospitalité.
Les illustrations botaniques dessinées à la main renforcent cette orientation. Elles permettent de replacer la fragrance dans un univers de matières naturelles, sans verser dans une représentation trop littérale. Bvlgari, maison joaillière avant d’être parfumeur, sait l’importance de l’objet. Un flacon ne sert pas seulement à contenir un jus : il doit donner une silhouette à une idée, un poids à l’invisible, une présence à un geste quotidien.
Le prix annoncé sur la boutique française, 122 € pour 150 ml en Eau de Toilette, situe Thé Impérial dans une zone accessible au regard de la parfumerie de luxe actuelle. La proposition reste premium, mais elle n’emprunte pas la voie des collections privées à prix très élevé. Ce positionnement correspond à l’esprit historique d’Eau Parfumée : un parfum de maison, de corps et de rituel, destiné à être utilisé généreusement plutôt qu’à être conservé comme un extrait rare.
Quand les hôtels créent leurs propres souvenirs olfactifs
Le succès d’une signature olfactive hôtelière tient à une réalité simple : l’odeur s’inscrit fortement dans la mémoire. Un hall, un couloir, une chambre, un linge de bain ou un spa peuvent rester associés à une fragrance longtemps après le départ. Les grandes maisons l’ont compris. Dans l’hôtellerie de luxe, le parfum d’ambiance participe désormais à l’identité d’un établissement au même titre que l’architecture, la literie, la vaisselle, le service ou la vue.
Bvlgari occupe une position particulière dans ce domaine. La marque réunit joaillerie, parfum, hôtellerie et art de vivre italien. Ses hôtels ne sont pas de simples lieux de séjour portant un nom prestigieux ; ils prolongent un univers déjà très codé par les matières, la couleur, Rome, les pierres, la lumière et une certaine idée du luxe italien. Thé Impérial traduit cette cohérence dans le domaine olfactif.
Le fait que des clients aient demandé à retrouver cette senteur après leur séjour explique en partie sa sortie commerciale. Un parfum d’hôtel réussi possède une qualité rare : il donne envie de revenir. Le mettre en flacon revient à permettre au souvenir de voyager hors du lieu. Cette logique peut sembler marketing ; elle répond pourtant à une relation très personnelle au parfum. On n’achète pas seulement une fragrance parce qu’elle sent bon, mais parce qu’elle ramène une image, une chambre, une ville, une sensation précise.
Thé Impérial appartient à cette catégorie. Il ne raconte pas seulement le thé ou les agrumes. Il porte la mémoire d’une arrivée dans un hôtel Bvlgari, de l’apaisement après le voyage, d’un espace parfaitement ordonné, d’un soin corporel, d’un linge propre, d’une lumière méditerranéenne. La dimension confidentielle de la fragrance vient de là : elle a d’abord appartenu à ceux qui l’avaient rencontrée sur place.
Une nouvelle étape pour la parfumerie Bvlgari
Avec Eau Parfumée Thé Impérial, Bvlgari poursuit une voie différente de celle de nombreuses maisons de luxe. La marque n’ajoute pas une création spectaculaire à une collection de prestige. Elle fait remonter à la surface un parfum déjà vécu, déjà associé à une expérience, déjà validé par des clients dans un cadre intime. Cette trajectoire donne au lancement une légitimité particulière.
La parfumerie Bvlgari s’est souvent construite autour de passerelles : joaillerie et parfum, Rome et ailleurs, pierres et matières végétales, fraîcheur et luxe, hôtel et peau. Thé Impérial renforce cette logique. Il relie la collection Eau Parfumée à l’hospitalité, le thé à la lumière italienne, la fonction d’accueil à l’usage personnel. Le parfum se situe à un croisement précis, moins tapageur que certaines nouveautés du marché, mais très cohérent avec l’histoire récente de la maison.
La création pourra séduire plusieurs publics. Les habitués des hôtels Bvlgari y chercheront un souvenir. Les amateurs d’Eau Parfumée au Thé Vert découvriront une variation plus chaude autour du thé. Les passionnés de parfums propres, musqués, hespéridés et faciles à porter y trouveront une option luxueuse, sans agressivité olfactive. Thé Impérial n’a pas vocation à provoquer ; il cherche plutôt à accompagner.
