Fermée durant plusieurs années, l’île de Bendor rouvre sous l’impulsion de Zannier Hotels et de la Société Paul Ricard. À sept minutes de bateau de Bandol, cette île privée varoise accueille désormais un hôtel de 93 chambres, des restaurants, un centre de bien-être et une programmation culturelle pensée dans le prolongement de l’histoire imaginée par Paul Ricard.
Au large de Bandol, l’île de Bendor occupe une place singulière dans le paysage méditerranéen. Trop proche du continent pour être vraiment lointaine, assez isolée pour créer une rupture dès la traversée, elle appartient à cette catégorie rare des lieux que l’on aborde avant de les visiter. Quelques minutes de bateau suffisent à quitter le port varois, mais ce court passage sur l’eau change déjà la perception du séjour. Le littoral s’éloigne, les façades de Bandol reculent, l’île apparaît comme un décor compact, façonné par plusieurs vies successives.

Zannier Île de Bendor ouvre un nouveau chapitre de cette histoire. Après cinq années de transformation, l’île rouvre avec un hôtel de 93 chambres et suites, plusieurs adresses de restauration, un centre de bien-être de 1 200 m², des espaces de création et une programmation destinée aux voyageurs comme aux visiteurs de passage. Le projet dépasse la simple rénovation hôtelière. Il s’agit de redonner une activité à un site longtemps associé à Paul Ricard, à sa vision d’une île dédiée aux vacances, aux arts, aux rencontres et à la Méditerranée populaire autant qu’élégante.
Le choix de Zannier Hotels n’a rien d’anodin. La marque s’est construite sur des adresses où le décor naturel, l’architecture locale et le rythme du lieu priment sur la démonstration. À Bendor, cette approche rencontre un territoire déjà chargé d’une mémoire forte. L’enjeu consiste à rendre l’île désirable pour une clientèle internationale sans effacer ce qui fit sa personnalité : un village miniature, des terrasses, des ateliers, des places, des souvenirs familiaux, une relation directe avec Bandol et un art de vivre varois attaché à la mer.
L’île rêvée de Paul Ricard
Paul Ricard acquiert l’île de Bendor en 1950. L’entrepreneur marseillais, célèbre pour avoir donné au pastis Ricard une dimension nationale, ne l’envisage pas comme une retraite privée fermée. Il veut y créer un monde à part, tourné vers les loisirs, les arts, la mer et la convivialité. L’île devient progressivement un petit théâtre méditerranéen : plage protégée, village provençal, galeries, ateliers, fêtes, régates, restaurants, passages d’artistes et de personnalités.

Cette dimension explique l’attachement que Bendor suscite encore aujourd’hui. Le lieu ne renvoie pas seulement à un patrimoine immobilier, mais à une certaine idée des vacances en Méditerranée. Dans les années de Paul Ricard, l’île reçoit des visiteurs célèbres, des artistes, des amis de la famille, mais aussi des collaborateurs et des habitués venus profiter d’un lieu ouvert sur le continent. Bendor n’a jamais fonctionné comme une enclave strictement mondaine. Sa force venait de ce mélange entre destination familiale, scène artistique, halte de plaisance et adresse solaire du littoral varois.
Avec le temps, les infrastructures vieillissent. L’île ferme pour laisser place à une transformation de grande ampleur, portée par les descendants de Paul Ricard et confiée à Zannier Hotels pour l’exploitation hôtelière. La réouverture de 2026 ne cherche pas à figer Bendor dans une carte postale ancienne. Elle reprend les éléments fondateurs du lieu — la mer, l’art, la table, le village, la marche, les terrasses — pour les remettre en usage dans un cadre hôtelier beaucoup plus exigeant.
Trois univers pour un hôtel insulaire
L’hôtel se répartit en trois ensembles distincts : Delos, Soukana et les maisons Madrague. Cette organisation évite l’effet monobloc souvent associé aux resorts côtiers. Elle conserve une lecture de village, avec des ambiances différentes selon l’emplacement, le rapport à la mer et l’usage attendu.
Delos reprend l’esprit Riviera des années 1960. C’est la partie la plus directement liée au glamour méditerranéen, avec une atmosphère pensée pour les couples ou les voyageurs venus chercher une adresse balnéaire animée, proche de la piscine et des lieux de vie. Soukana adopte une tonalité plus calme, face à la mer, près du centre de bien-être et du jardin Neptune. Les matières plus brutes, les tons neutres et la proximité de la nature installent une respiration différente. Les maisons Madrague, installées près du port, reprennent l’idée de petites maisons provençales en duplex, avec jardin privé, particulièrement adaptées aux familles.

Cette répartition donne à l’île une souplesse rare. Un séjour à Bendor peut prendre la forme d’une parenthèse balnéaire, d’une retraite plus paisible, d’un voyage en famille ou d’un week-end tourné vers la table et la mer. L’échelle reste maîtrisée : 93 chambres et suites sur 7 hectares, avec l’ensemble des installations accessibles à pied. L’absence de voitures renforce cette sensation d’île-village. Les déplacements se font au rythme des pas, d’une terrasse à une plage, d’un restaurant à un jardin, d’un quai à une chambre.
Une île ouverte, pas seulement un hôtel
La principale difficulté du projet tenait sans doute à l’équilibre entre destination hôtelière haut de gamme et lieu de vie ouvert. Bendor appartient à la mémoire de Bandol et des familles varoises autant qu’à celle des voyageurs de luxe. Zannier Île de Bendor conserve cette double vocation en accueillant les hôtes de l’hôtel, mais aussi des visiteurs venus déjeuner, dîner, boire un verre ou parcourir l’île.
La traversée depuis Bandol constitue le premier geste du séjour. L’île se situe à environ 300 mètres du port et se rejoint en navette régulière ou par bateau en bois d’époque selon les conditions et les réservations. Cette proximité joue un rôle essentiel. Bendor garde un lien physique avec la ville, ce qui empêche le resort de fonctionner comme un territoire coupé du littoral. On peut y venir pour une nuit, quelques jours, un repas, une visite, un moment de détente au bord de l’eau.
Ce choix donne au lieu une dynamique particulière. Les clients de l’hôtel croisent des habitants de la région, des visiteurs venus pour la journée, des amateurs de gastronomie, des familles et des curieux attirés par la réouverture. L’île retrouve ainsi une forme de circulation humaine, essentielle à son histoire. Paul Ricard avait imaginé Bendor comme un lieu de rassemblement. La version Zannier conserve cette idée, mais avec les codes d’une hôtellerie contemporaine plus sélective, attentive au confort, au service et à la qualité des aménagements.
La table comme cœur battant de Bendor
La restauration occupe une place majeure dans la nouvelle vie de l’île. Zannier annonce trois restaurants, quatre bars, un café et une crêperie, répartis sur les 7 hectares du site. Ce choix confirme la volonté de faire de Bendor une destination à part entière, pas seulement un hôtel où l’on dort avant de repartir explorer la côte.

Nonna Bazaar joue le rôle de brasserie de village, installée au centre de l’île, près du village d’artisans. L’adresse se veut méditerranéenne, accessible dans l’esprit, pensée pour le déjeuner comme pour le dîner. À proximité, le Bar Patrick rend hommage à Patrick Ricard, autre figure de la famille. Nonna Beach, située près de l’anse, accompagne les journées au bord de l’eau avec une offre continue et une terrasse tournée vers la mer. Le Grand Large, restaurant historique de Bendor, retrouve une place centrale avec une proposition gastronomique face à la Méditerranée. Soukana Restaurant & Rooftop Bar privilégie une cuisine saine avec une inflexion vietnamienne, tandis que Delos Table & Cocktail Bar travaille l’imaginaire chic de la Riviera des années 1960.
L’ensemble donne une vraie densité à l’île. On peut y prendre un café sur le port, déjeuner au bord de l’eau, s’attarder autour d’un cocktail, dîner face au large ou suivre une programmation de chefs invités. Cette multiplicité d’adresses répond à la nature même de Bendor : un petit territoire, mais plusieurs rythmes dans une seule journée.
Bien-être, mer et culture
Le centre de bien-être Rēsonance constitue l’un des grands équipements de cette réouverture. Sur 1 200 m², il réunit hammam, salle de soins équipée de technologies récentes, piscine intérieure, piscine extérieure, plateforme de yoga en plein air, salle de fitness, courts de tennis et de pickleball. Le positionnement va au-delà du spa classique. Zannier en fait le point de départ d’une philosophie maison autour de l’équilibre, du mouvement, de la récupération et de la relation au corps.

La mer complète naturellement cette offre. Sur une île de seulement 7 hectares, le rapport à l’eau reste permanent. Les activités nautiques, la plage, les promenades, les vues sur le littoral et la proximité des criques varoises donnent au séjour une dimension plus physique que contemplative. Bendor ne se visite pas seulement depuis une terrasse. Elle se parcourt, se contourne, s’aborde par le port, la plage, les escaliers, les jardins et les sentiers.
La culture conserve aussi une place importante. L’histoire de Paul Ricard, mécène et peintre à ses heures, reste liée aux ateliers, aux artistes et au village d’artisans. Le nouveau projet intègre cette mémoire par des espaces dédiés, des résidences, des expositions et une programmation appelée à évoluer au fil des saisons. Cette dimension sera décisive pour éviter que l’île se réduise à un décor hôtelier. Bendor possède une personnalité trop forte pour devenir un simple refuge balnéaire luxueux.
Une autre lecture de la Côte d’Azur
La réouverture de Bendor arrive à un moment où la Côte d’Azur cherche de nouveaux équilibres. Entre les adresses très exposées de Saint-Tropez, les grands palaces cannois et les resorts plus confidentiels du littoral, une partie des voyageurs se tourne vers des lieux moins saturés, plus lisibles, capables d’offrir du confort sans perdre le contact avec le territoire. Le Var possède justement cette force : des ports vivants, des villages, des vignobles, des caps, des îles, une lumière plus brute que celle des cartes postales les plus mondaines.

À Bandol, cette identité prend une forme particulière. La ville garde une tradition maritime, un vignoble reconnu, un port animé et une situation idéale entre Marseille, Toulon, les calanques et les premiers reliefs varois. Bendor ajoute à cette géographie un élément rare : une île privée très proche du rivage, accessible en quelques minutes, suffisamment petite pour conserver une vraie unité.
Zannier Île de Bendor s’inscrit donc dans une tendance plus large du voyage haut de gamme : la recherche de lieux à forte identité, capables de réunir hébergement, table, bien-être, culture et nature sans multiplier les déplacements. Le voyageur arrive, traverse, pose ses bagages, puis laisse l’île organiser le rythme. Le format semble simple. Sa réussite repose pourtant sur des détails nombreux : qualité des chambres, fluidité des navettes, niveau de la restauration, équilibre entre animation et calme, gestion des visiteurs extérieurs, entretien des espaces naturels, respect de la mémoire Ricard.
Une renaissance sous surveillance bienveillante
La transformation de Bendor sera observée avec attention. Les habitants de la région, les anciens habitués, les amateurs de la Côte varoise et les voyageurs internationaux ne regarderont pas le lieu de la même manière. Certains attendront le retour d’une île familière, d’autres découvriront une nouvelle adresse de luxe. L’hôtel devra parler à ces publics différents sans diluer son propos.

Le pari le plus intéressant tient précisément dans cette tension. Zannier Île de Bendor ne peut réussir qu’en conservant l’esprit d’un lieu de rencontre, tout en assumant un niveau hôtelier supérieur. La présence de restaurants ouverts, d’un café, d’une crêperie, d’espaces culturels et d’une circulation piétonne accessible à l’échelle de l’île va dans ce sens. Bendor retrouve son rôle de destination, mais dans une forme plus ordonnée, plus confortable, plus internationale.
