Automobile de légende : Alpine A110 (1962-1977)

Petite, légère, nerveuse : l’A110 fut pensée pour les routes sinueuses. Elle brilla en rallye par sa vivacité et son équilibre, jusqu’à dominer le Monte-Carlo

Vrombissez de plaisir et continuez à découvrir l’univers de l’automobile et son actualité, ou prenez la grande route de l’histoire de l’automobile au volant de voitures de légende et de concept cars des marques automobiles de prestige, régulièrement récompensés lors de concours d’élégance brillamment rénovés par les meilleurs artisans.

Jean Rédélé, Dieppe et l’idée d’une voiture légère

L’Alpine A110 ne surgit pas d’un grand bureau d’études industriel. Elle vient d’une trajectoire plus personnelle, celle de Jean Rédélé, concessionnaire Renault à Dieppe, pilote, préparateur et fondateur d’Alpine en 1955. Son expérience de la compétition lui donne très tôt une idée simple, mais exigeante : une voiture sportive française peut gagner sans gros moteur, à condition d’être légère, bien équilibrée et adaptée aux routes sinueuses.

Avant l’A110, Alpine construit son identité autour de petites voitures dérivées d’organes Renault. L’A106, puis l’A108, établissent les bases : carrosserie en matière synthétique, mécanique issue de la grande série, construction artisanale, faible masse. Cette approche répond autant à des contraintes économiques qu’à une philosophie sportive. Alpine ne dispose pas des moyens d’un grand constructeur, mais elle sait utiliser les ressources de Renault pour produire des voitures très rapides dans des conditions spécifiques.

L’A110, présentée au début des années 1960, prolonge cette logique avec une maturité nouvelle. Elle reprend la formule qui fera sa réputation : châssis poutre, carrosserie en fibre de verre, moteur Renault placé à l’arrière, propulsion, habitacle compact, poids réduit. Vue de loin, la voiture paraît presque frêle face aux grandes GT italiennes ou aux coupés britanniques plus puissants. Sur route de montagne, en revanche, cette finesse devient une arme.

Une Berlinette plus qu’un simple coupé

Le surnom de « Berlinette » colle rapidement à l’A110. Il ne désigne pas seulement une carrosserie fermée à deux portes. Dans le cas de l’Alpine, il renvoie à une silhouette basse, courte, très ramassée, dont les proportions semblent entièrement orientées vers l’efficacité. Le capot plongeant, les phares carénés, l’arrière court et la cellule centrale étroite donnent à la voiture une allure immédiatement reconnaissable.

La carrosserie en fibre de verre joue un rôle déterminant. Elle permet de contenir la masse, de produire en petite série et d’obtenir des formes difficiles à réaliser économiquement en acier dans un cadre artisanal. L’A110 reste toutefois une voiture très simple dans son principe. Son raffinement n’est pas celui d’une GT luxueuse ; il se trouve dans la recherche du poids minimal, dans l’ajustement des trains roulants, dans la capacité à exploiter au mieux des moteurs Renault dont la puissance augmente progressivement au fil des versions.

Cette légèreté explique une grande partie du comportement de la voiture. L’A110 n’a pas besoin d’une puissance considérable pour aller vite. Avec son moteur à l’arrière, elle réclame de la précision, mais son faible poids lui donne une vivacité remarquable. Sur les routes étroites, les épingles, les changements d’adhérence et les enchaînements rapides, elle peut tenir un rythme que des voitures plus puissantes peinent à suivre.

Une mécanique Renault patiemment développée

L’histoire technique de l’A110 ne se résume pas à une motorisation. La Berlinette reçoit au fil des années plusieurs moteurs Renault, depuis les petites cylindrées des débuts jusqu’aux versions plus puissantes des années 1970. Cette évolution accompagne l’ascension sportive du modèle. Les premières A110 restent proches de l’esprit des petites sportives françaises : peu de cylindrée, peu de poids, beaucoup d’agilité. Les versions 1300, puis 1600, donnent à la voiture une dimension beaucoup plus compétitive.

La 1600 S, apparue à la charnière des années 1960 et 1970, occupe une place centrale dans la mémoire du modèle. Avec son quatre-cylindres Renault-Gordini, sa boîte manuelle à cinq rapports selon les versions, ses freins à disque et son poids contenu, elle donne à l’A110 une synthèse particulièrement convaincante. La voiture n’a pas la brutalité d’une grosse propulsion américaine, ni la noblesse mécanique d’un V12 italien. Elle travaille autrement : par motricité, par équilibre, par confiance dans l’enchaînement des virages.

Le moteur arrière reste une caractéristique majeure. Il donne de la traction en sortie de courbe, mais il peut aussi rendre les réactions délicates lorsque le conducteur se montre trop brusque. Les pilotes qui réussissent avec l’A110 savent composer avec ce caractère. La voiture récompense l’anticipation, la finesse de trajectoire, la lecture du terrain. C’est précisément ce qui la rend redoutable en rallye.

Le rallye comme territoire naturel

L’Alpine A110 devient célèbre parce que le rallye correspond parfaitement à son tempérament. Dans les années 1960 et au début des années 1970, les épreuves se disputent sur des routes ouvertes, souvent étroites, parfois enneigées, de nuit, avec des changements constants d’adhérence. Dans cet environnement, la puissance pure ne suffit pas. La légèreté, la motricité, la précision de direction et la capacité à absorber les enchaînements comptent davantage.

L’A110 trouve là son terrain. Elle s’illustre au Monte-Carlo, au Tour de Corse, au Sanremo et sur de nombreuses épreuves européennes. Les noms de Jean-Claude Andruet, Jean-Pierre Nicolas, Bernard Darniche, Jean-Luc Thérier ou Ove Andersson restent associés à ses plus grandes heures. La Berlinette demande du métier, mais elle permet aux meilleurs pilotes d’exploiter des routes difficiles avec une intensité rare.

La victoire au Rallye Monte-Carlo 1971 constitue un jalon majeur. Alpine y signe un résultat de premier plan, avant de confirmer en 1973 avec une domination encore plus forte. L’image des A110 bleues sur les routes enneigées et les cols alpins nourrit une mémoire durable : celle d’une voiture française capable de battre les références internationales par sa cohérence plutôt que par une supériorité de puissance.

1973, premier titre mondial des rallyes

L’année 1973 fait entrer l’A110 dans l’histoire mondiale du sport automobile. Le championnat du monde des rallyes constructeurs est créé cette année-là, et Renault-Alpine en devient le premier champion. L’A110 1800 remporte plusieurs manches majeures et donne à la marque une reconnaissance internationale. Le championnat commence au Monte-Carlo, épreuve que la Berlinette connaît parfaitement, et s’étend à une saison exigeante où la régularité des résultats compte autant que les coups d’éclat. Le WRC rappelle que Renault fut sacré premier champion du monde des rallyes grâce à la domination des Alpine A110 pilotées notamment par Jean-Claude Andruet, Jean-Pierre Nicolas et Jean-Luc Thérier.

Ce titre ne doit pas être lu comme un hasard favorable. Il couronne un long travail d’Alpine, soutenu par Renault, autour d’une voiture devenue très aboutie. L’A110 n’est plus seulement une sportive de petit constructeur ; elle devient l’instrument d’un programme officiel capable d’affronter les meilleures équipes. Alpine rappelle également que l’A110 1800 a remporté six des treize rallyes du championnat 1973, avec deux triplés à la clé.

Ce succès fixe définitivement la légende. La Berlinette n’est plus seulement une voiture appréciée des connaisseurs français. Elle devient une référence mondiale du rallye, au moment même où la discipline entre dans une nouvelle ère. L’histoire est d’autant plus forte que l’A110 conserve son apparence compacte et presque modeste. Elle ne ressemble pas à une machine de domination, mais elle l’a été.

Une production longue, mais une voiture toujours rare

La carrière de l’A110 s’étend jusqu’à la fin des années 1970. La production principale à Dieppe s’accompagne aussi de fabrications sous licence ou d’assemblages dans d’autres pays, notamment en Espagne avec FASA, au Brésil avec Willys, au Mexique ou en Bulgarie selon les périodes et les marchés. Cette diffusion donne à la Berlinette une histoire plus internationale qu’on ne l’imagine parfois.

Pour autant, l’A110 reste une voiture de petite série comparée aux grands modèles industriels de Renault. Elle appartient à un monde intermédiaire : liée à un grand constructeur par sa mécanique et son engagement sportif, mais produite avec des méthodes encore très artisanales. Cette double nature fait partie de son attrait. La voiture porte Renault dans ses organes, Alpine dans sa conception et Dieppe dans sa fabrication.

Les dernières versions, comme la 1600 SX, accompagnent le passage vers une autre époque. L’Alpine A310 prend progressivement la suite, avec une ambition plus routière et une silhouette plus tendue. Mais l’A110 garde l’avantage de la pureté originelle. Elle reste la voiture qui a donné à Alpine son image la plus forte : celle d’une marque française capable de transformer la légèreté en culture sportive.

Une légende française sans emphase inutile

L’Alpine A110 occupe une place très particulière dans l’histoire automobile française. La Citroën DS représente l’intelligence technique et le confort d’avant-garde ; la Peugeot 205 Turbo 16 symbolise plus tard la démesure du Groupe B ; la Bugatti Type 35 appartient au grand récit des années 1920. L’A110, elle, raconte autre chose : la réussite d’un constructeur modeste devenu champion du monde grâce à une voiture claire, légère et parfaitement adaptée à son terrain.

Son retour symbolique au XXIe siècle, avec la nouvelle A110 lancée après la renaissance de la marque Alpine, confirme la force du nom. Mais la Berlinette d’origine garde un statut que la modernité ne peut pas reproduire entièrement. Elle appartient à un temps où une petite équipe, une idée juste et des pilotes de grand talent pouvaient bâtir une réputation mondiale.

La légende de l’A110 ne vient donc pas d’une fiche technique extravagante. Elle vient d’un accord rare entre conception, usage et compétition. La voiture a été pensée pour être légère ; elle a été développée pour aller vite sur des routes difficiles ; elle a gagné là où ses qualités comptaient le plus. Cette cohérence suffit à expliquer pourquoi la Berlinette demeure l’une des automobiles les plus importantes de l’histoire sportive française.

Stefane Girard
Stefane Girard
Spécialiste de la relation client et de la qualité de service, tout d’abord dans le tourisme puis dans d’autres secteurs en tant que consultant, j’ai également géré une société de vente en ligne d’articles de luxe. Tout au long de ma vie, j’ai étudié des sujets qui m’ont permis de développer une sensibilité pour l’esthétique et l’admiration du savoir-faire de ceux qui travaillent avec passion et talent à magnifier notre quotidien : les artisans d'art. Ce site me permet de partager avec vous mes centres d’intérêt et de rendre hommage à ces artisans de l’excellence.
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