Connue pour ses SUV électrifiés à vocation tout-terrain, la marque Fang Cheng Bao de BYD a surpris le Salon de Pékin avec la Formula X, une supercar électrique découvrable à deux places, proche de la série, annoncée pour 2027. Une rupture de registre spectaculaire, portée par une carrosserie en carbone, une aérodynamique travaillée et un habitacle conçu à rebours du minimalisme numérique.
Une supercar là où l’on attendait un tout-terrain
Fang Cheng Bao s’était fait connaître par une promesse claire : proposer des véhicules électrifiés à forte personnalité, capables de quitter l’asphalte sans renoncer à l’arsenal technologique de BYD. Le Bao 5, lancé dans cette logique, donnait au jeune label chinois une identité assez lisible : des silhouettes robustes, une approche technique centrée sur l’hybride rechargeable, le tout-terrain et la personnalisation. Au Salon de Pékin 2026, la marque a pourtant choisi de déplacer brutalement le curseur.
La Formula X n’a presque rien d’un SUV. C’est une supercar découvrable, basse, large, tendue, construite autour d’une carrosserie en carbone et d’un habitacle biplace tourné vers la conduite. Sa présentation marque l’ouverture d’une nouvelle famille de modèles, baptisée Formula, qui dépasse largement le périmètre initial de Fang Cheng Bao. La marque ne se contente plus du registre baroudeur ; elle s’aventure sur un terrain occupé par les coupés électriques de très haute performance, les speedsters radicaux et les démonstrateurs technologiques.

Cette bascule n’est pas anodine. Elle montre la manière dont BYD utilise ses différentes marques pour occuper presque tous les territoires de l’automobile électrifiée chinoise : modèles de grande diffusion, berlines premium, SUV tout-terrain, hypercars Yangwang, puis désormais supercar Fang Cheng Bao. La Formula X n’est donc pas seulement une voiture spectaculaire. Elle sert de manifeste pour une marque encore jeune, décidée à ne pas rester enfermée dans une seule catégorie.
L’héritage du concept Super 9
La Formula X prolonge le travail amorcé avec le concept Fang Cheng Bao Super 9, dévoilé en 2024. On retrouve la silhouette très basse, les proportions de speedster, la carrosserie ouverte et une volonté évidente de produire un effet de scène. La voiture présentée à Pékin paraît toutefois plus proche d’un modèle de série que d’une pure étude de style. Plusieurs sources chinoises la décrivent comme un véhicule approchant sa configuration définitive, avec une production envisagée en 2027.
Le dessin revendique le vocabulaire baptisé « Life Metal Aesthetics » par Fang Cheng Bao. La formule peut sembler très marketing, mais la voiture donne une traduction assez concrète de cette intention : museau affûté, optiques effilées, ailes marquées, flancs creusés, poupe très travaillée. La marque évoque aussi une posture de félin en chasse, cohérente avec son nom — Fang Cheng Bao pouvant se lire comme une rencontre entre la précision de la « formule » et l’agilité du « léopard ».
La Formula X ne cherche pas la discrétion. Son capot long, ses volumes arrière musclés, ses grandes ouvertures aérodynamiques et sa largeur supérieure à deux mètres lui donnent une présence très démonstrative. Cette exubérance tranche avec la vague de voitures électriques aux surfaces lisses et aux intérieurs épurés jusqu’à l’anonymat. Fang Cheng Bao prend ici le parti inverse : faire de la technologie un spectacle visible.
Une carrosserie en carbone et un travail aérodynamique très présent
Les informations disponibles indiquent une utilisation massive de la fibre de carbone, tant pour alléger la voiture que pour gérer les contraintes thermiques et aérodynamiques. La partie avant reçoit des éléments en carbone, notamment au niveau du bouclier, des lames et des protections inférieures. Les optiques intègrent des conduits d’air destinés à participer au refroidissement des freins, tandis que la carrosserie compte de nombreuses ouvertures destinées à canaliser les flux.

La Formula X revendique 19 prises ou sorties d’air selon les informations publiées en Chine. Ce chiffre résume bien la philosophie du projet. L’aérodynamique n’est pas cachée sous des surfaces lisses ; elle structure le dessin. À l’arrière, la voiture reçoit un aileron actif à commande électrique et des diffuseurs ajourés placés derrière les roues. Les feux arrière en double anneau prolongent l’identité visuelle de Fang Cheng Bao et répondent au logo de la marque.

Sina Auto mentionne une largeur supérieure à deux mètres et une hauteur légèrement au-dessus d’un mètre. Ces proportions placent la Formula X dans le langage classique de la supercar : très basse, très large, centrée sur l’appui et la stabilité. Les roues de 21 pouces, chaussées en 295/30 R21 selon les mêmes informations, complètent cette lecture. Le système de freinage ferait appel à des étriers quatre pistons à l’avant et à un double étrier à l’arrière, signe d’une vraie ambition dynamique.
Un habitacle contre la voiture-tablette
L’un des aspects les plus intéressants de la Formula X tient dans son habitacle. Dans l’automobile électrique récente, l’intérieur a souvent suivi une pente très prévisible : grands écrans, boutons supprimés, surfaces lisses, commandes tactiles. Fang Cheng Bao prend le chemin opposé. Le poste de conduite met en avant des commandes physiques, un volant typé compétition, des sièges baquets intégrés et des harnais de course.

Yanko Design insiste sur cette dimension « anti-minimaliste » : la Formula X redonne au conducteur des éléments à manipuler, des boutons à presser, une matérialité de commande. Ce choix est loin d’être anecdotique. Dans une supercar, l’interface ne peut pas se limiter à une tablette centrale. Le conducteur attend une relation directe avec la machine, surtout lorsque la voiture revendique une vocation de performance.
L’intérieur adopte une architecture enveloppante, parfois décrite comme un « battle cockpit ». La formule dit assez bien le registre visuel : carbone, suède, commandes visibles, volant doté de fonctions liées au châssis, à l’aérodynamique DRS, au mode Boost ou au réglage de piste. L’écran n’est pas absent, mais il ne domine pas seul l’expérience. Il sert l’information de conduite plus qu’il ne transforme l’habitacle en salon numérique.

Ce retour des commandes physiques répond à une lassitude bien réelle chez certains conducteurs. Les voitures électriques ont parfois confondu modernité et effacement sensoriel. La Formula X rappelle qu’une sportive, même électrique, a besoin de gestes nets, de repères tactiles et d’une organisation claire autour du pilotage.
Près de 1 000 ch, mais une fiche encore incomplète
La puissance de la Formula X est annoncée ou rapportée autour de 1 000 ch, avec une architecture électrique à trois moteurs. Car and Driver mentionne également 737 lb-ft de couple, soit environ 999 Nm. Ces données placeraient la voiture dans la zone des supercars électriques les plus ambitieuses, mais il convient de rester prudent : la fiche technique définitive n’a pas encore été publiée avec le niveau de détail d’un modèle commercialisé.
La voiture s’inscrit dans une période de surenchère électrique particulièrement visible en Chine. BYD dispose déjà de la Yangwang U9, autre vitrine de performance du groupe, tandis que Denza, autre marque du constructeur, a présenté la Z, une sportive électrique donnée elle aussi pour plus de 1 000 ch. Dans ce contexte, la Formula X ne surgit pas isolément. Elle fait partie d’un mouvement plus large : BYD multiplie les démonstrations de force pour prouver que ses technologies peuvent dépasser le cadre de la berline familiale ou du SUV électrifié.
La question n’est donc pas seulement celle de l’accélération. Une supercar électrique peut facilement annoncer des chiffres spectaculaires. Le plus difficile reste de construire une voiture convaincante dans la durée : gestion thermique, endurance des freins, précision du châssis, poids réel, répartition des masses, qualité de direction, constance des performances sur circuit. La Formula X promet beaucoup ; il faudra attendre les essais et les données définitives pour mesurer son véritable niveau.
Le rôle du châssis Yun et des modes de conduite
Les informations chinoises évoquent la présence du système de châssis Yun, connu dans l’univers BYD pour ses fonctions de contrôle avancé de la suspension et de la dynamique. La Formula X reçoit aussi un dispositif DRS, un mode Boost et plusieurs réglages orientés vers la conduite sportive. Ces éléments montrent que la voiture ne mise pas uniquement sur la puissance brute.

L’aérodynamique active devrait jouer un rôle central. Un DRS permet de modifier la traînée dans certaines conditions, tandis que l’aileron arrière électrique contribue à l’appui ou à la stabilité selon les situations. L’intégration d’un tel système dans une voiture destinée à la route demande un équilibre précis : l’effet doit être perceptible sans compromettre la sécurité, ni transformer l’usage quotidien en démonstration permanente.
La mention de modes liés au châssis, au contrôle de traction et à la piste indique aussi une volonté de donner au conducteur plusieurs niveaux d’intervention. Là encore, la Formula X semble vouloir réhabiliter une forme de pilotage visible, malgré la sophistication électronique. Le conducteur reste au centre du discours, au lieu d’être réduit à un passager surveillé par des algorithmes.
Une capote pour la série
La Formula X présentée à Pékin adopte une silhouette ouverte. Les informations disponibles indiquent que la version de série devrait recevoir une capote amovible ou électrique. Ce détail est important : il rapproche le concept d’une utilisation réelle. Un speedster sans toit peut fonctionner comme objet d’image, mais son usage reste limité. Une découvrable équipée d’une protection exploitable devient plus crédible, y compris dans un positionnement haut de gamme.
Le choix d’une carrosserie ouverte renforce aussi la différence avec la Denza Z, autre sportive électrique de BYD. Le groupe semble vouloir éviter la redondance pure : Denza se place sur un registre plus lisse, plus premium, tandis que Fang Cheng Bao adopte une posture plus physique, plus expressive, plus proche du jouet radical pour amateur de sensations.
La Formula X ne cherche donc pas à être l’hypercar ultime du groupe. Ce rôle appartient davantage à Yangwang. Elle pourrait plutôt occuper un espace plus singulier : celui d’une supercar électrique de caractère, capable d’attirer un public séduit par la mise en scène, l’habitacle tactile et la radicalité du dessin.
La famille Formula, nouveau territoire pour Fang Cheng Bao
La Formula X n’était pas seule à Pékin. Fang Cheng Bao a également présenté une nouvelle série de berlines et de silhouettes basses autour du nom Formula : Formula S, Formula SL et Formula S GT selon les sources. Cette offensive transforme l’image de la marque. Le constructeur ne parle plus uniquement de tout-terrain électrifié, mais d’une gamme plus vaste, tournée vers la performance, les berlines sportives et les modèles à forte personnalité.
Sohu Auto évoque des modèles longs d’environ cinq mètres, avec près de trois mètres d’empattement et une largeur autour de deux mètres pour la famille Formula S. La Formula SL viserait une approche plus statutaire, tandis que la Formula S porterait un tempérament plus sportif. Ces modèles doivent arriver plus tôt que la Formula X, avec un lancement chinois annoncé au troisième trimestre 2026 pour la série S.
Cette stratégie éclaire la place de la supercar. La Formula X agit comme une pointe avancée. Elle attire l’attention, donne une signature visuelle à la nouvelle famille, puis laisse les berlines profiter de son halo. Le procédé est classique, mais rarement exécuté avec une telle rapidité dans une marque née si récemment.
BYD, de la maîtrise industrielle à la construction du désir
La Formula X raconte aussi l’évolution de BYD. Pendant longtemps, le groupe chinois a été surtout perçu à travers sa puissance industrielle, sa maîtrise des batteries et sa capacité à produire des véhicules électrifiés en très grands volumes. Cette réputation reste centrale, mais elle ne suffit plus. Pour affronter les marques européennes, américaines ou japonaises sur les segments supérieurs, il faut aussi fabriquer du désir.
Fang Cheng Bao, Denza et Yangwang participent à cette montée en gamme par des voies différentes. Denza travaille le premium technologique. Yangwang pousse la démonstration spectaculaire. Fang Cheng Bao, avec la Formula X, développe un imaginaire plus personnel, presque théâtral, moins lisse que le discours habituel de l’électrique.
La supercar n’est donc pas seulement un produit. Elle sert à montrer que BYD peut créer des objets automobiles avec une charge émotionnelle. Une batterie performante ou une architecture 800 volts peuvent convaincre un ingénieur ; elles ne suffisent pas à faire tourner les têtes dans un salon. La Formula X est conçue pour cela : capter le regard, déclencher la conversation, placer Fang Cheng Bao sur une carte mentale nouvelle.
Une voiture encore à confirmer, mais déjà significative
La prudence reste nécessaire. La Formula X n’est pas encore un modèle de série disponible à l’achat. Son prix, ses marchés de commercialisation, son autonomie, ses performances définitives, son poids et ses temps de charge n’ont pas été confirmés de manière complète. Une partie des chiffres diffusés doit être lue comme une indication d’intention, pas comme une homologation.
Mais l’essentiel est ailleurs. La voiture existe déjà comme signal stratégique. Elle montre que Fang Cheng Bao ne veut pas rester un label de SUV. Elle confirme que BYD utilise le Salon de Pékin comme une scène de puissance technologique. Elle révèle aussi une évolution du design automobile chinois, moins complexé, plus spectaculaire, parfois plus libre que celui de nombreuses marques occidentales devenues prudentes.
La Formula X n’a pas besoin d’être parfaite pour être importante. Sa présence suffit à montrer le déplacement du centre de gravité automobile. Il y a quelques années, une supercar électrique chinoise aurait pu être reçue comme une curiosité. Aujourd’hui, elle s’inscrit dans une offensive cohérente, portée par un groupe capable de concevoir, produire, électrifier et industrialiser à une vitesse impressionnante.
