Avec la W16 Mistral « Fly Bug », Bugatti signe une nouvelle création Sur Mesure inspirée par le monde animal. Commandée par un collectionneur déjà lié à trois projets naturalistes — Veyron Grand Sport Vitesse « Hellbug », Chiron « Hellbee » et Divo « Lady Bug » —, cette pièce unique transpose les reflets d’une libellule sur le dernier roadster W16 de Molsheim.
Une Bugatti née d’une collection privée
Dans l’univers Bugatti, la personnalisation ne se limite plus depuis longtemps au choix d’une teinte, d’une sellerie ou d’un jeu de jantes. Les projets les plus aboutis du programme Sur Mesure relèvent presque de la commande artistique. La W16 Mistral « Fly Bug » en donne une nouvelle démonstration. Cette voiture vient compléter un ensemble cohérent de quatre Bugatti commandées par le même collectionneur autour d’un thème commun : la beauté du vivant, plus précisément celle de petits êtres dont la complexité fascine.
La série avait déjà pris forme avec la Veyron Grand Sport Vitesse « Hellbug », la Chiron « Hellbee » et la Divo « Lady Bug ». La W16 Mistral « Fly Bug » ajoute un quatrième chapitre, centré sur la libellule. Le choix est particulièrement adapté au dernier roadster W16 de Bugatti. La libellule suggère la vitesse, la légèreté visuelle, les reflets changeants, la précision du mouvement et une présence presque irréelle lorsque la lumière traverse ses ailes. Autant de notions que Molsheim pouvait traduire dans une carrosserie ouverte, basse, extrême, conçue pour faire du W16 une expérience plus directe encore.
La « Fly Bug » n’a donc pas été pensée isolément. Elle répond à un dialogue installé entre un collectionneur fidèle et les équipes de design de Bugatti. Cette continuité donne au projet une profondeur rare. La personnalisation ne part pas d’un caprice ponctuel, mais d’un vocabulaire déjà construit, enrichi d’une voiture à l’autre, jusqu’à trouver dans la Mistral son aboutissement le plus spectaculaire.
La W16 Mistral, dernier grand roadster du moteur seize cylindres
La base choisie donne immédiatement la mesure du projet. La W16 Mistral, présentée comme l’ultime roadster de l’ère W16, reprend le moteur 8,0 litres quadriturbo de 1 600 PS ; le même niveau de puissance que la Chiron Super Sport 300+. Limitée à 99 exemplaires, vendue à partir de 5 millions d’euros hors taxes lors de son lancement et déjà intégralement attribuée, elle marque la fin d’un cycle ouvert avec la Veyron.

La Mistral n’est pas une Chiron simplement privée de toit. Bugatti a dû repenser la circulation de l’air, la structure, le refroidissement et la sécurité pour adapter le W16 au format roadster. Les prises d’air moteur placées derrière les appuie-tête participent à cette dramaturgie très particulière : le conducteur et le passager se trouvent physiquement plus proches de la respiration du moteur. À pleine charge, l’air avalé par le W16 donne à l’expérience une dimension presque mécanique au sens premier du terme.
Le design de la Mistral reprend certains grands repères de Bugatti, mais les adapte à une carrosserie ouverte. La ligne en C évolue, les optiques verticales donnent au regard avant une signature nouvelle, l’arrière en X réinterprète un thème déjà vu sur la Bolide, tandis que la gestion des flux d’air devient un élément visible du dessin. Avec « Fly Bug », ce support technique très fort reçoit une couche supplémentaire : celle d’une composition graphique et chromatique directement liée à la libellule.
Dragonfly Blue, une couleur développée pour une seule voiture
La teinte de carrosserie porte le nom de Dragonfly Blue. Elle a été développée spécialement pour cette commande. Son rôle est central. La libellule ne se caractérise pas seulement par sa forme, mais par la manière dont ses ailes changent d’aspect selon l’angle, la lumière et le mouvement. Bugatti transpose cette qualité dans une peinture capable de passer du bleu au turquoise, avec des nuances qui évoluent selon la perspective.

Ce choix est plus subtil qu’une couleur spectaculaire appliquée à une carrosserie déjà extrême. Il donne à la Mistral « Fly Bug » une mobilité visuelle même à l’arrêt. La voiture semble changer de température selon la lumière, comme si sa surface réagissait à l’environnement. Pour un roadster qui met le conducteur au contact de l’air, cette relation entre carrosserie, ciel et reflets prend une importance particulière.
Les jantes reprennent cette teinte, malgré la difficulté de faire correspondre un rendu sur des matériaux et des systèmes de peinture différents. Ce détail révèle l’exigence du projet. Sur une voiture de ce niveau, un simple écart de nuance peut affaiblir la lecture globale. La couleur devait donc former un ensemble cohérent, du volume principal aux éléments périphériques.
Dragonfly Blue donne à la « Fly Bug » une identité immédiatement reconnaissable sans recourir à une exubérance gratuite. Le bleu n’est pas seulement beau. Il sert l’idée même de la voiture : celle d’un insecte iridescent, rapide, précis, presque insaisissable.
Le motif elliptique, du détail animal à la surface automobile
Le motif développé pour la « Fly Bug » repose sur une série d’ellipses qui se déploient sur la carrosserie. Leur densité augmente progressivement vers l’arrière avant de s’estomper dans l’obscurité des prises d’air. Ce principe donne au dessin une dynamique très particulière. Il ne recouvre pas la voiture de manière uniforme. Il accompagne le mouvement des flux, guide le regard vers les zones fonctionnelles et prolonge l’idée d’un organisme en mouvement.

Cette approche s’inscrit dans la continuité des précédentes commandes du même collectionneur. La Divo « Lady Bug » utilisait déjà un motif complexe, composé d’environ 1 600 formes précisément disposées sur les surfaces de la voiture. La Chiron « Hellbee » proposait une lecture plus graphique. La Mistral « Fly Bug » reprend ce principe d’un motif vivant, mais l’adapte à la libellule, à la carrosserie ouverte et aux volumes propres du roadster.
Le choix de l’ellipse est intéressant car il évite l’imitation littérale. Bugatti ne peint pas une libellule sur la voiture. La maison extrait une sensation : le battement, la transparence, la structure des ailes, la vibration optique. Le motif devient un langage, pas une illustration.
Sur les flancs, cette trame doit aussi composer avec la force des volumes Bugatti : la ligne latérale, les prises d’air, les changements de plan, les surfaces tendues autour de l’habitacle. La réussite tient à la manière dont le graphisme épouse la voiture sans la contraindre. Le motif semble suivre la Mistral plutôt que la masquer.
Le Macaron intégré au graphisme latéral
L’un des détails les plus complexes du projet concerne l’intégration du Macaron Bugatti dans le motif elliptique. L’emblème ovale, présent depuis plus d’un siècle sur la calandre en fer à cheval de la marque, a été incorporé pour la première fois dans un graphisme peint sur le flanc de la voiture. Cette demande du client imposait un défi particulier : respecter l’échelle, la position, les contours, les points périphériques et le lettrage tout en l’insérant dans une trame graphique fluide.
Ce type de détail peut paraître minuscule face à un W16 de 1 600 PS, mais il dit beaucoup de la culture Sur Mesure chez Bugatti. La difficulté ne vient pas seulement de la peinture. Elle vient de la nécessité de préserver la lisibilité d’un signe historique dans un décor mouvant. Le Macaron ne devait pas se perdre dans le motif, ni interrompre brutalement la composition.
Cette intégration marque une étape intéressante dans l’usage des signes Bugatti. Le logo ne se contente plus d’occuper une position traditionnelle sur la calandre ou dans l’habitacle. Il devient un élément de composition, fondu dans une œuvre graphique réalisée sur la carrosserie. L’opération reste extrêmement rare, car elle touche à l’un des symboles les plus protégés de la marque.
Dans la « Fly Bug », ce Macaron intégré agit presque comme un secret visible. Il apparaît à celui qui s’approche, qui suit le motif, qui observe les ellipses et la progression du graphisme. La voiture ne livre pas tous ses détails d’un seul regard. Elle demande une inspection lente, ce qui est paradoxalement l’un des luxes les plus forts sur une hypercar conçue pour la vitesse.
Un habitacle travaillé comme une surface en relief
La personnalisation se prolonge à bord. L’intérieur reçoit un matériau multicouche développé pour cette commande : cuir posé sur Alcantara, travaillé selon un motif géométrique assorti au Dragonfly Blue et doté d’un relief tridimensionnel obtenu par une technique de finition spécifique. Le motif elliptique quitte donc la carrosserie pour entrer dans l’habitacle.

Les panneaux de porte jouent un rôle central dans ce dispositif. Pour la première fois chez Bugatti, un motif graphique est appliqué à la fois sur la face du panneau de porte et sur la zone de l’accoudoir. La difficulté est importante, car ces surfaces sont courbes, manipulées, soumises à des contraintes de confort et de finition. Le matériau devait conserver une tension parfaite, sans imperfection ni déformation visible.

Cette continuité entre extérieur et intérieur est essentielle. La « Fly Bug » ne se contente pas d’une carrosserie spectaculaire avec une cabine assortie. Elle cherche à créer un environnement complet. Le conducteur retrouve à bord la même logique de motifs, de teintes et de textures que sur la carrosserie. La libellule n’est pas seulement dehors ; elle traverse la voiture.
Dans une Bugatti ouverte, cette cohérence prend une dimension supplémentaire. L’habitacle reste visible lorsque la voiture roule ou lorsqu’elle est exposée. Le passage entre carrosserie et cockpit doit donc être particulièrement fluide. La Mistral « Fly Bug » transforme cette contrainte en atout : le motif, la couleur et les matières semblent former un seul récit.
Le Dancing Elephant, mémoire de Rembrandt Bugatti
Comme sur d’autres créations Bugatti, le sélecteur de vitesses reçoit le fameux Dancing Elephant, référence à Rembrandt Bugatti, sculpteur animalier et frère d’Ettore. Ce détail possède une résonance particulière dans la « Fly Bug ». La voiture appartient à une collection privée entièrement construite autour du monde animal ; intégrer une sculpture animalière liée à l’histoire familiale de Bugatti donne au thème une profondeur patrimoniale.
Rembrandt Bugatti a marqué l’histoire de l’art animalier par sa capacité à saisir la présence, la posture et le mouvement des espèces qu’il observait. Le Dancing Elephant, célèbre motif associé à la Type 41 Royale, est devenu l’un des symboles les plus précieux de la maison. Dans la Mistral, il apparaît dans un élément que le conducteur manipule, à proximité immédiate de la mécanique.
Ce choix crée un pont entre plusieurs strates de l’histoire Bugatti. D’un côté, la marque contemporaine, ses hypercars, son W16, ses programmes Sur Mesure et ses ateliers de Molsheim. De l’autre, l’univers artistique de la famille Bugatti, la sculpture animalière, le rapport aux formes naturelles. La « Fly Bug » utilise ce lien avec justesse. Elle ne se contente pas d’un thème animal décoratif. Elle le rattache à une mémoire réelle de la maison.
Une commande qui teste les limites de Sur Mesure
La W16 Mistral « Fly Bug » montre jusqu’où peut aller un programme de personnalisation lorsqu’il s’appuie sur une relation longue entre client et constructeur. Le projet a mobilisé les équipes de design, de couleur, de matériaux, de finition, de graphisme, de visualisation, de modélisation et d’ingénierie. À ce niveau, la personnalisation devient un développement spécifique.

L’enjeu consiste à préserver la qualité Bugatti sur des éléments jamais tentés auparavant. Une peinture spéciale, un motif elliptique progressif, un Macaron intégré dans le graphisme latéral, des jantes assorties, un matériau intérieur multicouche, un motif appliqué sur des zones complexes de panneaux de porte : chacun de ces éléments demande des essais, des ajustements, des validations. Le résultat doit paraître évident, mais sa fabrication ne l’est pas.
Cette exigence distingue une vraie commande Sur Mesure d’une simple décoration spéciale. L’objectif n’est pas seulement de rendre la voiture reconnaissable. Il s’agit de produire un ensemble cohérent, capable de rester crédible dans le temps. Bugatti sait que ces voitures seront observées dans des concours, des collections privées, des événements, peut-être des ventes futures. La finition doit donc supporter le regard rapproché autant que l’impact visuel immédiat.
La « Fly Bug » devient ainsi une forme de manifeste pour l’atelier. Elle montre que Bugatti peut travailler une hypercar comme un objet d’art appliqué, sans renoncer à la rigueur industrielle nécessaire à un engin de 1 600 PS.
Le dernier roadster W16 comme toile de collection
La W16 Mistral possède déjà une importance historique par sa mécanique. Elle clôt la lignée des roadsters Bugatti à moteur W16, avant l’entrée dans une nouvelle ère technique. En faire le support d’une commande Sur Mesure aussi développée renforce encore son statut. La « Fly Bug » n’est pas simplement l’un des 99 exemplaires. Elle devient un jalon dans l’histoire de la personnalisation chez Bugatti.
Le fait qu’elle complète une série de quatre voitures liées au même collectionneur lui donne une valeur supplémentaire. Les grandes collections automobiles ne se construisent pas seulement par accumulation de modèles rares. Elles gagnent en force lorsqu’elles possèdent un fil conducteur : une époque, une marque, un thème, une relation personnelle avec un constructeur. Ici, le thème animalier donne à l’ensemble une cohérence inhabituelle.
Veyron Grand Sport Vitesse, Chiron, Divo, W16 Mistral : ces quatre bases racontent aussi une partie de l’histoire moderne de Bugatti. La « Fly Bug » intervient comme le dernier mouvement, celui du roadster ultime, de la carrosserie ouverte et du W16 en fin de cycle. Cette position de conclusion donne à la voiture une résonance particulière.
