Concept car de légende : Alfa Romeo BAT (2008)

Une résurgence contemporaine du style BAT, hommage signé Bertone

Vrombissez de plaisir et continuez à découvrir l’univers de l’automobile et son actualité, ou prenez la grande route de l’histoire de l’automobile au volant de voitures de légende et de concept cars des marques automobiles de prestige, régulièrement récompensés lors de concours d’élégance brillamment rénovés par les meilleurs artisans.

Présentée en 2008 à Genève, l’Alfa Romeo BAT 11 — aussi connue sous le nom BAT 11dk — rouvre l’un des chapitres les plus spectaculaires de l’histoire des concept cars italiens. Plus d’un demi-siècle après les BAT 5, BAT 7 et BAT 9 dessinées par Franco Scaglione chez Bertone, cette création reprend le fil d’une aventure née dans les années 1950 autour d’un principe simple et ambitieux : explorer la carrosserie comme un instrument aérodynamique, mais aussi comme un manifeste de style.

La BAT 11 ne peut pourtant pas être comprise comme une simple suite. Elle arrive dans une époque très différente, lorsque les grands carrossiers indépendants n’occupent plus la même place auprès des constructeurs. Bertone, maison majeure du design italien, ne dispose plus du rôle central qui fut le sien au lendemain de la guerre. La voiture apparaît donc à la fois comme un hommage, une commande privée, une pièce de mémoire et l’un des derniers gestes spectaculaires d’une carrosserie qui avait marqué l’histoire d’Alfa Romeo, de Lamborghini, de Fiat, de Lancia et de nombreux prototypes de salon.

Une descendance difficile à assumer

Le nom BAT porte un poids considérable. En 1953, 1954 et 1955, Bertone avait présenté trois prototypes Alfa Romeo devenus des références absolues : BAT 5, BAT 7 et BAT 9. L’acronyme signifiait Berlinetta Aerodinamica Tecnica. Le programme était clair : étudier la pénétration dans l’air, limiter la traînée, contrôler les turbulences et traduire ces recherches dans des carrosseries roulantes d’une intensité visuelle rare.

Ces voitures n’étaient pas de simples exercices décoratifs. Elles correspondaient à une époque où les carrossiers turinois pouvaient travailler sur des bases fournies par les constructeurs, avec une liberté qui semble presque inimaginable aujourd’hui. Alfa Romeo apportait le prestige mécanique et le châssis, Bertone le savoir-faire de carrosserie, Franco Scaglione la vision formelle. Les trois BAT originelles sont devenues, avec le temps, des pièces majeures de l’histoire automobile.

Reprendre ce nom en 2008 n’avait donc rien d’anodin. Le risque était évident : produire une évocation trop littérale, transformer une recherche radicale en exercice nostalgique, ou enfermer Bertone dans sa propre légende. La BAT 11 assume cette difficulté. Elle ne prétend pas prolonger exactement la démarche technique des années 1950. Elle cherche plutôt à réactiver un imaginaire, à montrer comment une grande idée de carrosserie peut être relue dans un contexte contemporain.

Gary Kaberle, le collectionneur à l’origine du projet

La BAT 11 naît à l’initiative de Gary Kaberle, collectionneur américain lié à l’histoire des BAT, notamment par son rapport personnel à la BAT 9. Ce détail est essentiel, car la voiture ne vient pas d’un programme industriel classique d’Alfa Romeo. Elle relève d’une commande privée confiée à Bertone, avec l’ambition de créer une nouvelle interprétation de la famille BAT.

Cette origine explique la nature très particulière du projet. La BAT 11 n’annonce pas une future gamme. Elle ne prépare pas un modèle de série. Elle ne cherche pas à tester un marché. Elle appartient à une catégorie plus rare : celle des carrosseries spéciales commandées par un passionné, réalisées par un atelier historique et destinées à prolonger une lignée automobile déjà entrée dans la mémoire collective.

La démarche aurait pu tomber dans la reproduction. Bertone choisit une autre voie. La BAT 11 reprend des signes immédiatement lisibles — la poupe spectaculaire, les ailes arrière développées, le profil bas, les surfaces très travaillées — mais elle ne copie pas directement les BAT 5, 7 ou 9. Elle cherche à les faire revenir dans le présent, avec un vocabulaire plus tendu, plus massif, plus théâtral.

Une base d’Alfa Romeo 8C Competizione

Le choix de la base moderne renforce la cohérence du projet. La BAT 11 s’appuie sur l’univers technique de l’Alfa Romeo 8C Competizione, grand coupé rare du début des années 2000. L’8C avait déjà une portée symbolique très forte : elle réinstallait Alfa Romeo dans un registre de grand tourisme exclusif, avec une silhouette spectaculaire, une mécanique noble et une production limitée.

Utiliser cette base permettait d’éviter l’écueil du simple objet de salon. La BAT 11 conserve une crédibilité mécanique. Elle ne se limite pas à une maquette statique conçue pour photographier une idée. Elle possède l’assise d’une vraie automobile, issue d’un modèle déjà chargé d’un imaginaire Alfa Romeo très puissant.

Le contraste avec les BAT originelles reste toutefois important. Dans les années 1950, les prototypes de Scaglione partaient d’une Alfa Romeo 1900, une base relativement modeste transformée par l’aérodynamique. En 2008, la BAT 11 part d’une automobile déjà prestigieuse. Le rapport change : la carrosserie ne cherche plus seulement à tirer le maximum d’un châssis par la finesse de l’air ; elle inscrit une supercar contemporaine dans une généalogie stylistique.

David Wilkie face à l’ombre de Franco Scaglione

Le dessin de la BAT 11 est attribué à David Wilkie au sein du Centro Stile Bertone. L’exercice était délicat. Franco Scaglione n’avait pas laissé une formule facile à reprendre. Les BAT des années 1950 ne se résument pas à quelques détails reconnaissables. Leur force vient d’une vision globale : habitacle ramassé, flancs sculptés, roues partiellement intégrées, arrière prolongé par des volumes proches de dérives, silhouette presque aéronautique.

La BAT 11 réactive ces signes avec une franchise assumée. L’avant très bas, la carrosserie large, les flancs creusés et surtout les grandes ailes arrière renvoient immédiatement à la lignée BAT. La voiture ne cherche pas la citation discrète. Elle revendique son ascendance avec une intensité presque démonstrative.

Cette lecture très explicite constitue à la fois sa force et sa limite. Les BAT originelles semblaient nées d’une nécessité technique ; la BAT 11 naît d’un dialogue avec l’histoire. Elle ne possède pas la même innocence expérimentale. Elle sait qu’elle appartient à une légende, et son dessin porte cette conscience. Là où Scaglione travaillait encore dans un champ ouvert, Wilkie intervient dans un territoire déjà mythifié.

Une apparition à Genève

La BAT 11 est révélée à Genève en 2008, au moment du Salon automobile. Elle n’est pas présentée comme une nouveauté industrielle Alfa Romeo, mais comme une création indépendante liée à Bertone et à son commanditaire. Cette nuance est importante. La voiture n’entre pas dans le calendrier classique des constructeurs, avec promesse de production ou déclinaison future. Elle apparaît plutôt comme une pièce à part, destinée aux connaisseurs, aux collectionneurs et aux historiens du design automobile.

Cette présentation correspond bien à son statut. La BAT 11 n’est ni une supercar de série, ni une étude de style destinée à préparer un modèle. Elle occupe un espace intermédiaire : celui du concept car patrimonial, capable de rendre visible une mémoire sans être réduit à un objet de musée.

Son apparition rappelle aussi le rôle de Genève dans l’histoire des grandes carrosseries. Le salon suisse fut longtemps l’un des lieux privilégiés pour les prototypes, les commandes spéciales, les petites séries et les créations de carrossiers. En 2008, cette tradition existe encore, mais dans un monde beaucoup plus réglementé, plus industrialisé, moins favorable aux initiatives isolées.

Une voiture de mémoire plus qu’un laboratoire aérodynamique

Le nom BAT invite forcément à parler d’aérodynamique. Pourtant, la BAT 11 n’occupe pas exactement le même terrain que les trois prototypes des années 1950. La BAT 5, la BAT 7 et la BAT 9 répondaient à une recherche très directe sur l’écoulement de l’air. Leur dessin procédait d’une tentative de réduction de la traînée et de contrôle des perturbations à haute vitesse.

La BAT 11 reprend cette apparence d’automobile travaillée par le flux, mais son rôle principal est différent. Elle s’inscrit davantage dans une logique de mémoire, de filiation et de réinterprétation. Elle montre comment un vocabulaire né d’une recherche aérodynamique peut devenir, des décennies plus tard, un langage patrimonial.

Cela ne retire rien à son intérêt. Au contraire, la voiture pose une question essentielle dans l’histoire des concept cars : que devient un prototype lorsque sa fonction première disparaît, mais que son image reste suffisamment forte pour inspirer une nouvelle création ? La BAT 11 répond par la carrosserie. Elle ne démontre pas une avancée technique majeure ; elle démontre la puissance durable d’une idée formelle.

Bertone à la fin d’un cycle

Avec le recul, la BAT 11 possède une dimension presque mélancolique. Bertone avait traversé le XXe siècle en donnant forme à certaines des voitures les plus marquantes de l’automobile italienne. La maison avait travaillé pour Alfa Romeo, Lamborghini, Fiat, Lancia, Citroën, Aston Martin et bien d’autres constructeurs. Elle avait produit des voitures de série, des prototypes, des carrosseries spéciales, des objets radicaux qui ont nourri l’histoire du design.

En 2008, cette histoire entre pourtant dans une phase fragile. Les carrossiers indépendants ne jouent plus le même rôle. Les constructeurs ont intégré leurs propres centres de style. Les normes rendent les transformations plus complexes. Les grandes commandes de carrosserie deviennent rares. Dans ce contexte, la BAT 11 ressemble à un dernier éclat : une voiture conçue pour rappeler ce que Bertone pouvait encore représenter.

Elle parle donc autant de Bertone que d’Alfa Romeo. Elle rappelle une période où la carrosserie italienne pouvait porter une vision autonome, où un atelier pouvait transformer une base existante en manifeste roulant. La BAT 11 n’a pas la portée révolutionnaire des prototypes de Scaglione, mais elle conserve une valeur historique parce qu’elle arrive au moment où ce monde disparaît presque totalement.

Une place singulière dans la famille BAT

La BAT 11 n’est ni la plus pure ni la plus importante des BAT. La BAT 5 conserve le rôle fondateur. La BAT 7 pousse l’expérience aérodynamique vers une forme plus radicale. La BAT 9 tempère le langage pour le rapprocher d’une automobile plus lisible. Face à elles, la BAT 11 arrive tard, dans une époque qui connaît déjà leur valeur.

Sa place est donc différente. Elle ne prolonge pas la série comme un quatrième chapitre naturel. Elle revient sur la série depuis la mémoire. Elle ne cherche pas à remplacer les trois voitures des années 1950, mais à faire comprendre que leur langage restait suffisamment puissant pour susciter une création nouvelle.

Cette position explique les débats qu’elle peut provoquer. Certains y voient un hommage spectaculaire mais moins essentiel que les modèles originels. D’autres y lisent l’un des derniers grands gestes de Bertone. Les deux lectures peuvent coexister. La BAT 11 n’a pas besoin d’égaler les BAT historiques pour avoir une raison d’être. Elle vaut par son statut de retour, par le lien qu’elle crée entre deux époques de la carrosserie italienne.

Pourquoi l’Alfa Romeo BAT 11 reste un concept car de légende

L’Alfa Romeo BAT 11 mérite sa place dans l’histoire des concept cars parce qu’elle montre la force d’une lignée capable de survivre à son temps. Les BAT des années 1950 avaient donné à l’aérodynamique une présence presque dramatique. La BAT 11, elle, transforme cette mémoire en objet contemporain.

Son intérêt ne réside pas dans une descendance industrielle. Aucun modèle Alfa Romeo de série ne découle directement d’elle. Sa valeur se trouve ailleurs : dans la capacité à réunir un collectionneur, une carrosserie historique, une base Alfa Romeo prestigieuse et l’ombre immense de Franco Scaglione autour d’un seul prototype.

La BAT 11 n’est pas une réponse définitive à la question de l’hommage automobile. Elle n’évite pas totalement le caractère démonstratif propre aux créations patrimoniales. Mais elle a le mérite d’assumer son rôle avec une intensité rare. Elle rappelle qu’un concept car peut servir à expérimenter le futur, mais aussi à interroger la mémoire d’une forme, la survie d’un atelier, la persistance d’un mythe.

En cela, elle occupe une place à part. La BAT 5 appartenait au temps de la découverte. La BAT 11 appartient au temps du retour. L’une cherchait à comprendre l’air. L’autre cherche à comprendre ce qu’il reste d’une légende lorsqu’une maison comme Bertone tente, une dernière fois, de lui donner une carrosserie.

Stefane Girard
Stefane Girard
Spécialiste de la relation client et de la qualité de service, tout d’abord dans le tourisme puis dans d’autres secteurs en tant que consultant, j’ai également géré une société de vente en ligne d’articles de luxe. Tout au long de ma vie, j’ai étudié des sujets qui m’ont permis de développer une sensibilité pour l’esthétique et l’admiration du savoir-faire de ceux qui travaillent avec passion et talent à magnifier notre quotidien : les artisans d'art. Ce site me permet de partager avec vous mes centres d’intérêt et de rendre hommage à ces artisans de l’excellence.
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