Glossaire essentiel du parfum : accord, facette, sillage, tenue… et tout le vocabulaire à connaître

Enivrez-vous de connaissances sur l’univers de la beauté et du parfum : son sillage millénaire, ses légendes, sa fabrication et ses maisons prestigieuses. Ayez du nez en suivant nos conseils et les actualités de la beauté.

La parfumerie a sa langue, faite de mots empruntés à la musique, à la marine, à la joaillerie et à la chimie. La maîtriser n’est pas affaire de pédanterie : c’est la condition pour lire une fiche technique sans naïveté, parler d’une fragrance avec justesse, et comprendre ce qui se joue, vraiment, dans le flacon. Cinquante entrées, organisées par thématiques, pour s’orienter.

Pourquoi un glossaire ?

Le vocabulaire de la parfumerie a la particularité d’être à la fois technique et métaphorique. Technique, parce qu’il décrit des réalités physico-chimiques précises — volatilité, fixation, extraction. Métaphorique, parce qu’il emprunte ses images à des arts voisins : on parle d’accord comme en musique, de facette comme en joaillerie, de sillage comme en marine, de notes comme en partition. Cette double nature en fait une langue exigeante, mais lisible pour qui prend la peine de s’y attarder. Le glossaire qui suit n’épuise pas le sujet — la parfumerie compte plusieurs centaines de termes spécialisés —, mais il rassemble les cinquante mots qui reviennent le plus souvent dans la presse, sur les fiches de marque et dans les conversations d’amateurs.

I. Matières premières et techniques d’extraction

Absolue. Matière première hautement concentrée, obtenue à partir d’une concrète lavée à l’alcool. Forme d’extraction parmi les plus précieuses : il faut environ 900 kg de pétales de rose de Turquie pour produire un kilo d’absolue. Les absolues de jasmin, de rose Centifolia, d’iris, de mimosa figurent parmi les matières les plus chères du parfumeur.

Concrète. Masse cireuse obtenue par extraction d’une plante avec un solvant volatil (généralement de l’hexane), avant que l’alcool ne sépare la fraction soluble pour donner l’absolue. La concrète elle-même est rarement utilisée telle quelle en parfumerie alcoolique.

Distillation à la vapeur d’eau. Procédé d’extraction le plus répandu. La vapeur traverse la matière végétale, entraîne les composés volatils, puis se condense en deux phases : l’huile essentielle et l’eau aromatique. Convient particulièrement aux fleurs, feuilles, bois et écorces.

Eau aromatique (ou hydrolat). Phase aqueuse récupérée lors de la distillation à la vapeur. Moins concentrée que l’huile essentielle, elle conserve néanmoins une signature olfactive propre, parfois utilisée en parfumerie ou en cosmétique.

Enfleurage. Procédé traditionnel consistant à capter les arômes des fleurs fragiles (jasmin, tubéreuse) en les disposant sur une couche de graisse animale qui absorbe leurs composés volatils. Très coûteux, il n’est plus pratiqué industriellement aujourd’hui, mais demeure un marqueur historique de Grasse.

Essence. Terme générique désignant un extrait concentré d’origine naturelle. Toute huile essentielle est une essence, mais toute essence n’est pas une huile essentielle (les absolues sont aussi des essences).

Expression à froid. Procédé mécanique réservé aux agrumes : on presse le zeste pour en faire jaillir l’essence, qui se sépare du jus. Bergamote, citron, orange, mandarine, pamplemousse sont obtenus de cette manière.

Extraction au CO2 supercritique. Procédé moderne où le dioxyde de carbone, porté à haute pression, sert de solvant pour capter les composés volatils. Préserve mieux que les solvants classiques le profil olfactif des matières fragiles. Procédé propre, sans résidu.

Extraction par solvants volatils. Mise au point industriellement au début du XXᵉ siècle, cette technique utilise des solvants (hexane principalement) pour extraire les fragrances impossibles à distiller. Elle produit successivement une concrète puis une absolue.

Fleur muette. Fleur dont on ne parvient pas à extraire une essence valable, soit parce que les techniques l’altèrent (lilas, muguet), soit parce que son rendement est trop faible (violette : plus d’une tonne de fleurs pour 30 grammes d’extrait). Le parfumeur reconstitue alors leur odeur par accord, à partir d’autres matières.

Huile essentielle. Liquide huileux obtenu par distillation à la vapeur ou expression à froid. C’est la matière première naturelle la plus courante en parfumerie. Le terme désigne aussi bien le produit fini que sa version commerciale en aromathérapie.

Infusion (ou teinture). Macération prolongée d’une matière dans l’alcool (souvent un mois minimum) pour en extraire les composés odorants. La teinture de vanille s’obtient ainsi à partir des gousses.

Matière première naturelle. Ingrédient odorant tiré du règne végétal (fleurs, feuilles, bois, racines, résines) ou, plus marginalement aujourd’hui, animal. Le parfumeur dispose d’environ un millier de matières naturelles.

Matière première synthétique. Molécule odorante obtenue par synthèse chimique. Entre 3 000 et 4 000 molécules de synthèse sont disponibles, dont certaines reproduisent des composés naturels (vanilline, héliotropine), d’autres n’existent pas dans la nature (Calone, Iso E Super, Ambroxan).

Résinoïde. Extrait obtenu par solvants à partir de résines et de baumes (benjoin, oliban, myrrhe, opopanax). Plus pâteux que l’absolue, il offre des notes balsamiques chaudes, indispensables aux constructions orientales.

II. Construction et architecture du parfum

Accord. Effet olfactif issu du mélange d’au moins deux matières premières dans des proportions étudiées. Comme l’accord musical, il produit une qualité irréductible à chacun de ses composants. Les accords historiques (Fougère 1882, Chypre 1917) ont fondé des familles entières.

Base (ou base parfumée). Accord pré-formulé, parfois constitué de dizaines d’ingrédients, conservé par les maisons de composition et utilisé comme matière première dans la création de nouveaux parfums. Jean Carles les appelait des cœurs.

Brief. Cahier des charges remis par un client (maison de mode, marque de luxe, maison de parfumerie) au parfumeur, précisant le territoire olfactif souhaité, la cible, le positionnement, l’inspiration. Point de départ de toute création contemporaine.

Fixateur. Matière de faible volatilité (patchouli, vétiver, santal, certains muscs synthétiques, Ambroxan) qui prolonge la tenue d’une composition en retenant à ses côtés les molécules plus légères.

Formule. Composition chiffrée d’un parfum, généralement protégée par le secret commercial. Une formule contemporaine peut compter cinquante à plusieurs centaines d’ingrédients.

Note. Désigne soit l’odeur spécifique d’une matière (note de rose, note de bergamote), soit la position d’une matière dans la pyramide olfactive (note de tête, de cœur, de fond).

Note de tête. Premières molécules perçues après la vaporisation, dans les quinze à trente premières minutes. Hautement volatiles : agrumes, notes vertes, herbes aromatiques, aldéhydes.

Note de cœur. Phase intermédiaire qui constitue l’identité du parfum, déployée de quinze minutes à plusieurs heures après l’application. Domaine des fleurs, des épices chaudes, des fruits charnus.

Note de fond. Matières les plus lourdes et les plus persistantes, qui assurent la tenue et le sillage : bois, résines, baumes, muscs, ambres, patchouli, vanille. Peuvent rester perceptibles plus de vingt-quatre heures sur les vêtements.

Pyramide olfactive. Modèle de représentation d’un parfum en trois étages selon la volatilité des matières (tête, cœur, fond). Formalisée par Jean Carles dans les années 1940, adoptée par la Société Française des Parfumeurs au début des années 1950, elle demeure l’outil pédagogique de référence sans épuiser, toutefois, toutes les formes contemporaines de composition.

III. Familles olfactives

Famille olfactive. Classification des parfums selon leur structure dominante. La nomenclature de référence, établie sous l’égide de la Société Française des Parfumeurs, distingue sept grandes familles : hespéridée, florale, fougère, chyprée, boisée, ambrée (ou orientale) et cuir.

Hespéridé. Famille construite autour des agrumes (bergamote, citron, orange, mandarine, pamplemousse, néroli). Fragrances généralement fraîches et lumineuses, dont l’eau de Cologne est l’archétype.

Floral. Famille la plus vaste de la parfumerie féminine, structurée autour d’une ou plusieurs fleurs (rose, jasmin, tubéreuse, fleur d’oranger, iris).

Chypré. Famille fondée par le Chypre de François Coty en 1917, organisée autour de l’axe bergamote / labdanum / mousse de chêne / patchouli. Caractère élégant, à la fois frais et profond.

Fougère. Famille typiquement masculine, ouverte par Fougère royale d’Houbigant en 1882. Combine lavande, géranium, mousse de chêne, coumarine et bergamote. Aucune fougère botanique réelle n’y entre : c’est une fantaisie olfactive.

Boisé. Famille structurée autour des bois précieux (santal, cèdre, vétiver, oud, gaïac). Présente aussi bien dans la parfumerie masculine que féminine contemporaine.

Ambré (anciennement oriental). Famille opulente, construite sur les baumes, les résines, la vanille, les épices et les notes animales. Shalimar de Guerlain (1925) en est un archétype. Le terme « oriental », longtemps employé, recule au profit d’« ambré » dans la presse spécialisée.

Cuir. Famille caractérisée par des notes évocatrices du cuir tanné, fumé ou ciré, obtenues par associations de styrax, ciste, bouleau, isobutyl quinoléine. L’une des plus anciennes en parfumerie.

IV. Facettes olfactives

Facette. Dimension olfactive identifiable au sein d’une matière, d’un accord ou d’un parfum. Une matière complexe (rose, iris, santal) en compte plusieurs ; un parfumeur joue de leurs résonances pour créer ses associations.

Aldéhydé. Facette pétillante, métallique, légèrement grasse, conférée par les aldéhydes de synthèse. Marqueur olfactif de Chanel n°5 depuis 1921.

Aquatique (ou marin). Facette évocatrice de la mer, de la pluie, de l’air iodé, rendue possible par des molécules de synthèse comme la Calone ou l’helional. S’est imposée dans la parfumerie des années 1990.

Animale. Facette puissante, sensuelle, traditionnellement issue de matières d’origine animale (musc, civette, castoréum), aujourd’hui quasi exclusivement reconstituée par synthèse.

Boisée. Facette sèche, chaude, parfois fumée, conférée par les bois (cèdre, santal, vétiver) ou leurs équivalents synthétiques (Iso E Super, Cashmeran).

Cuirée. Facette tannée, parfois fumée, animale ou ambrée selon les constructions. Peut évoquer le cuir neuf, le cuir ciré ou le suède.

Gourmande. Facette comestible (vanille, caramel, chocolat, fruits cuits, lait), popularisée comme catégorie à part entière par Angel de Thierry Mugler en 1992.

Hespéridée. Facette d’agrumes, fraîche et brillante. Au cœur des notes de tête de nombreuses compositions.

Miellée. Facette ronde, douce, légèrement animale, fréquente dans les absolues florales (rose, mimosa, tubéreuse).

Poudrée. Facette douce et sèche, évocatrice du talc et de la poudre de riz, conférée principalement par l’iris, la violette, certains muscs et la vanille. Tire son nom des poudres de riz parfumées à l’iris d’autrefois.

V. Formats, concentrations, présentation

Concentration. Proportion de matières odorantes dans la formule, exprimée en pourcentage du jus total. Détermine l’appellation commerciale du produit, sans constituer toutefois un critère réglementé.

Eau de Cologne. Format à faible concentration (2 à 5 %), né en 1709 à Cologne sous la plume de Giovanni Maria Farina. Dominante hespéridée et aromatique. Tenue généralement courte.

Eau de toilette. Concentration intermédiaire (5 à 15 %). Format polyvalent, tenue de trois à cinq heures.

Eau de parfum. Concentration plus dense (15 à 20 %). Tenue de six à huit heures en moyenne. Standard contemporain de la parfumerie sélective.

Extrait de parfum (ou parfum). Concentration la plus haute (20 à 40 %, parfois davantage). Format historique de la haute parfumerie, vendu traditionnellement en flacon à bouchon plutôt qu’au vaporisateur.

Eau fraîche. Concentration très faible (1 à 3 %), à teneur alcoolique réduite et dominante aqueuse. Format léger destiné à un usage quotidien estival.

Flanker. Variante commerciale d’une fragrance phare, portant son nom complété d’un suffixe (« Intense », « Légère », « Eau », « Elixir », « Aqua »). Contrairement aux apparences, il s’agit le plus souvent d’une composition distincte, non d’une simple dilution de la formule mère.

Jus. Mot familier du métier pour désigner le liquide parfumé, par opposition au flacon. Synonyme courant : la « juice ».

VI. Comportement sur la peau, perception

Drydown. Phase finale d’un parfum, lorsque les notes de tête et de cœur ont disparu et que seule subsiste l’expression des notes de fond. Souvent perçue comme la signature ultime d’une composition.

Linéaire (parfum). Composition dont l’impression olfactive évolue peu dans le temps. À l’opposé de la construction pyramidale classique, elle propose une stabilité que certains porteurs recherchent.

Mouillette (ou touche, ou blotter). Fine bandelette de papier sans odeur sur laquelle le parfumeur ou le client teste une matière ou une composition avant de l’appliquer sur la peau.

Projection. Distance à laquelle un parfum est perceptible autour du porteur immobile — la « bulle » olfactive qui l’entoure. À distinguer du sillage.

Rémanence. Persistance olfactive d’un parfum après que la source a disparu. Notion qui recouvre à la fois la tenue sur la peau et le sillage dans l’air.

Sillage. Trace olfactive laissée dans l’air par une personne parfumée en mouvement. Emprunté au vocabulaire maritime, le mot souligne le caractère dynamique du phénomène : sans déplacement, pas de sillage.

Skin scent. Expression anglaise désignant un parfum qui ne se sent qu’au contact direct de la peau. Considéré par certaines traditions, notamment française, comme l’expression la plus élégante de la parfumerie.

Tenue (ou longévité). Durée pendant laquelle un parfum reste perceptible sur la peau, mesurée en heures. Dépend de la concentration, de la nature des matières (particulièrement des notes de fond) et de la chimie cutanée du porteur.

VII. Métier et acteurs

Anosmie. Perte totale ou partielle de l’odorat. Certains parfumeurs en ont fait l’expérience au cours de leur carrière sans pour autant cesser de composer — Jean Carles est traditionnellement cité comme cas d’école, ayant continué à créer en s’appuyant sur sa connaissance théorique des matières.

Mémoire olfactive. Capacité à reconnaître et à classer les odeurs. Pierre angulaire du métier de parfumeur, elle se développe par entraînement quotidien, par familles et par contrastes — selon la méthode pédagogique formalisée par Jean Carles à l’École de Parfumerie de Roure dès 1946.

Nez. Surnom familier du parfumeur-créateur. Désigne aussi, plus largement, l’organe olfactif lui-même. Le métier de nez de haut niveau compte aujourd’hui quelques centaines de praticiens dans le monde.

Orgue à parfums. Meuble traditionnel du parfumeur, en gradins, sur lequel sont disposés les flacons des matières premières. Le terme évoque la disposition des claviers d’un orgue de musique et résume bien la conception artistique du métier.

Parfumeur. Créateur professionnel de fragrances, formé en école spécialisée (École Givaudan à Argenteuil, ISIPCA à Versailles, GIP à Grasse) ou par compagnonnage en maison de composition. La formation classique dure au moins cinq à six ans avant les premières créations en autonomie.

En guise de carnet

Un glossaire n’épuise jamais une langue ; il en donne les clés. Celles-ci, maniées avec un peu de rigueur, permettent une chose précieuse : sortir de l’à-peu-près. Décrire un parfum cesse alors d’être une affaire d’impressions vagues pour devenir un exercice de précision — où l’on identifie un accord, où l’on nomme une facette, où l’on distingue une tenue d’un sillage. Et c’est dans ce passage de l’impression à la nomination que se joue, en parfumerie comme ailleurs, le commencement de la connaissance.

Stefane Girard
Stefane Girard
Spécialiste de la relation client et de la qualité de service, tout d’abord dans le tourisme puis dans d’autres secteurs en tant que consultant, j’ai également géré une société de vente en ligne d’articles de luxe. Tout au long de ma vie, j’ai étudié des sujets qui m’ont permis de développer une sensibilité pour l’esthétique et l’admiration du savoir-faire de ceux qui travaillent avec passion et talent à magnifier notre quotidien : les artisans d'art. Ce site me permet de partager avec vous mes centres d’intérêt et de rendre hommage à ces artisans de l’excellence.
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