Bois de hô : matière première végétale en parfumerie

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Origine botanique et géographique

Le bois de hô est issu du Cinnamomum camphora (L.) J. Presl, grand arbre persistant tropical et subtropical de la famille des Lauracées — même famille botanique que la cannelle (Cinnamomum verum et autres espèces), le laurier-sauce, le sassafras, l’avocatier et plusieurs autres plantes aromatiques d’importance économique.

Ce qui constitue la spécificité du bois de hô parmi les produits du camphrier est une particularité chimique remarquable : le Cinnamomum camphora présente plusieurs chémotypes – c’est-à-dire des populations génétiquement et chimiquement distinctes mais botaniquement identiques – dont la composition de l’huile essentielle diffère radicalement. Quatre chémotypes principaux sont reconnus, chacun défini par son composé majoritaire :

  • le chémotype camphre, source traditionnelle du camphre naturel (composé largement majoritaire), exploité historiquement à Taïwan et au Japon ;
  • le chémotype cinéole, riche en 1,8-cinéole (eucalyptol), à profil camphré-eucalyptus ;
  • le chémotype linalol, riche en linalol (80-95 %), constitutif du « bois de hô » parfumier — c’est ce chémotype qui fait l’objet de cette fiche ;
  • le chémotype bornéol, plus marginal, riche en bornéol.

Ces chémotypes ne peuvent généralement pas être distingués morphologiquement : seule l’analyse chimique de l’huile essentielle permet de les identifier. Ils correspondent à des populations naturelles géographiquement localisées ou à des sélections anciennes opérées par les producteurs sur des arbres présentant des profils particuliers.

L’arbre lui-même est un camphrier majestueux, atteignant 20 à 30 mètres de hauteur à maturité, à port étalé, à feuillage persistant brillant, à durée de vie pluricentenaire. Il est natif d’Asie de l’Est (sud de la Chine, Taïwan, sud du Japon, nord du Vietnam), où il forme des forêts ou des plantations historiques. Le camphrier a été introduit dans plusieurs autres régions tropicales et subtropicales (Madagascar, Brésil, Argentine, Floride, plusieurs pays d’Asie du Sud-Est) pour la production de camphre naturel ou pour des usages ornementaux.

Une distinction essentielle doit être faite entre le bois de hô et le bois de rose (Aniba rosaeodora Ducke, famille des Lauracées également mais genre différent, originaire d’Amazonie). Ces deux matières partagent une composition chimique similaire (très haute teneur en linalol) et un profil olfactif voisin, mais correspondent à des arbres botaniquement très différents. Le bois de rose, en raison d’une exploitation amazonienne intensive au cours du XXe siècle, est aujourd’hui une espèce menacée et fait l’objet de restrictions strictes (inscription à l’annexe II de la CITES en 2010). Le bois de hô, plus accessible et moins menacé écologiquement, s’est progressivement imposé comme l’alternative durable au bois de rose pour la production de linalol naturel et pour des usages correspondants.

Les principales zones de production contemporaines de bois de hô sont :

  • la Chine (provinces du Guangdong, Jiangxi, Fujian, Yunnan), premier producteur mondial ;
  • Taïwan, producteur historique de camphrier ;
  • le Vietnam ;
  • Madagascar, producteur récent (introduction) ;
  • ponctuellement le Japon et plusieurs autres pays d’Asie de l’Est.

Procédés d’extraction

Le procédé dominant est la distillation à la vapeur du bois broyé ou en copeaux. La distillation est prolongée (généralement plusieurs heures à une journée selon l’installation) pour extraire correctement le linalol et les composés associés.

Le rendement est de l’ordre de 1 à 3 % du poids du bois sec, soit 10 à 30 kilogrammes d’huile essentielle pour une tonne de bois.

Plusieurs parties de l’arbre peuvent être distillées séparément :

  • le bois proprement dit (du tronc et des branches principales), donnant l’huile essentielle de bois de hô classique, à très haute teneur en linalol ;
  • les feuilles, donnant une huile essentielle de feuilles au profil légèrement différent, avec une dimension plus camphrée et fraîche, parfois moins recherchée en parfumerie fine ;
  • les rameaux avec leurs feuilles, donnant un produit intermédiaire.

L’huile essentielle obtenue est liquide, incolore à jaune pâle, à la signature florale-fraîche caractéristique.

Une fraction importante de la production de bois de hô est consacrée à l’isolement du linalol pur par distillation fractionnée. Le linalol naturel ainsi obtenu – chimiquement identique au linalol synthétique produit à partir de précurseurs pétrochimiques, mais bénéficiant du statut « naturel » – est commercialisé comme matière première à part entière et utilisé à grande échelle en parfumerie et en cosmétique pour les compositions revendiquant des matières premières naturelles. Cet usage industriel constitue probablement la part principale de l’exploitation contemporaine du bois de hô.

L’extraction au CO2 supercritique existe mais reste marginale pour cette matière.

Profil olfactif

Le profil olfactif du bois de hô combine :

  • une dimension florale-fraîche centrale apportée par le linalol, qui rappelle simultanément la lavande, la rose, la bergamote et le muguet ;
  • une note rosée délicate ;
  • une dimension boisée-claire discrète issue des composés secondaires (sesquiterpènes en faible quantité) ;
  • une touche légèrement camphrée ;
  • une rondeur et une élégance générale qui font la qualité de la matière.

Par rapport au bois de rose (à composition très voisine), le bois de hô est généralement perçu comme légèrement plus camphré et un peu moins rond que le bois de rose, sans toutefois que la différence soit nettement marquée. Pour la plupart des applications, les deux matières sont partiellement substituables, la dimension naturelle du linalol étant le principal apport recherché.

Histoire

L’histoire du bois de hô est relativement récente comparativement à celle de plusieurs autres matières premières classiques. Le camphrier lui-même est connu et exploité depuis des millénaires en Asie de l’Est, principalement pour la production de camphre, substance largement utilisée dans les médecines traditionnelles chinoise et japonaise, dans les rituels religieux (encens, fumigations), dans la fabrication de la cellulose nitrée (au XIXe siècle) et dans plusieurs usages industriels.

Le chémotype linalol du Cinnamomum camphora – c’est-à-dire le bois de hô pour le parfum – a été identifié et exploité plus récemment, à mesure que la chimie aromatique a permis d’analyser les compositions des huiles essentielles et de sélectionner des populations spécifiques d’arbres. La distinction systématique des chémotypes du camphrier date principalement du XXe siècle.

L’essor de l’exploitation du bois de hô comme source de linalol naturel est étroitement lié à deux phénomènes convergents :

  • la raréfaction du bois de rose amazonien (Aniba rosaeodora) au cours du XXe siècle, en raison de l’exploitation intensive non durable qui a décimé les peuplements naturels d’Amazonie. À partir des années 1970-1980, et plus encore après l’inscription du Aniba rosaeodora à la CITES en 2010, l’industrie a cherché des alternatives durables ;
  • la demande croissante en linalol naturel pour la parfumerie et les cosmétiques, particulièrement dans le contexte des revendications marketing autour des matières premières naturelles. Les industriels et les maisons de composition ont valorisé le linalol issu du bois de hô comme alternative naturelle et durable au linalol synthétique d’origine pétrochimique.

Ces deux facteurs ont conduit, particulièrement au cours des dernières décennies, à l’expansion des plantations de camphriers du chémotype linalol en Chine et à la structuration d’une filière industrielle dédiée à la production d’huile essentielle de bois de hô et de linalol isolé.

L’usage direct de l’huile essentielle de bois de hô (non rectifiée pour extraction du linalol pur) est plus récent encore, principalement développé dans la parfumerie de niche contemporaine qui valorise les matières premières naturelles complètes plutôt que les molécules isolées.

Usage contemporain

Les enjeux contemporains de la filière bois de hô concernent principalement :

  • la durabilité des plantations chinoises, qui constituent la principale source d’approvisionnement mondial ;
  • le statut de matière de remplacement du bois de rose, avec les enjeux marketing et patrimoniaux associés ;
  • les adultérations possibles : étant donné la similarité chimique avec le bois de rose, des substitutions frauduleuses (vente de bois de hô comme bois de rose) ont été documentées, particulièrement préoccupantes au regard des questions CITES ;
  • les comparaisons avec le linalol synthétique, lui-même produit en très grandes quantités et à coût compétitif, qui fournit la majorité du linalol utilisé en parfumerie industrielle (le bois de hô étant valorisé essentiellement pour les applications revendiquant le caractère « naturel »).

Rôles en composition

Le bois de hô joue en parfumerie plusieurs rôles, à dominante florale-fraîche-boisée, dans une logique de fourniture du linalol naturel et de sa signature complexe enrichie par les composés mineurs.

Son rôle principal dans la composition des parfums est l’apport de la signature linalol dans une dimension naturelle complète. Comparativement au linalol pur (synthétique ou isolé), le bois de hô apporte une signature plus complexe et plus arrondie. Cette richesse explique pourquoi les parfumeurs sensibles aux dimensions naturelles préfèrent souvent travailler avec l’huile essentielle complète plutôt qu’avec le linalol isolé.

Dans les compositions florales, le bois de hô apporte une dimension boisée-rosée qui prolonge et adoucit les notes florales. Il fonctionne particulièrement bien avec la rose, le muguet (synthétique ou reconstitué), l’iris et plusieurs autres fleurs où il contribue à une signature douce et élégante.

Dans les eaux de Cologne modernes et les compositions hespéridées-aromatiques, le bois de hô peut intervenir comme modulateur des notes hespéridées (qui contiennent elles-mêmes du linalol) et comme fond doux prolongeant la fraîcheur des agrumes. Il dialogue particulièrement bien avec la bergamote, le petitgrain, le néroli et les autres essences hespéridées.

Dans les compositions « bois clair » et « bois blanc », le bois de hô apporte une dimension boisée légère et florale qui se distingue des bois plus sombres (santal, oud, gaïac) par sa transparence et sa fraîcheur.

Dans les fougères modernes, le bois de hô peut compléter la lavande dans la dimension linaloolifère de l’accord canonique.

Dans les reconstitutions de muguet et plusieurs bases florales blanches, le bois de hô contribue à la dimension linaloolifère caractéristique de plusieurs fleurs.

Accords particulièrement réussis avec :

  • la lavande (partage linalol) ;
  • la coriandre (partage linalol) ;
  • le petitgrain bigaradier (partage linalol) ;
  • les autres bois clairs (bois de rose, santals modernes, cèdre de Virginie) ;
  • la rose dans les bois-rosés ;
  • le muguet dans les florales blanches ;
  • les agrumes (bergamote, citron, mandarine, néroli) ;
  • les fleurs blanches (jasmin, fleur d’oranger, tubéreuse) ;
  • les muscs synthétiques dans les fonds peau ;
  • l’iris dans les poudrés clairs ;
  • la fève tonka dans les fougères orientales légères ;
  • les ambres synthétiques modernes (ambroxide) dans les fonds frais ;
  • la violette et l’héliotrope dans les poudrés floraux.

Quelques fragrances marquées par le bois de hô (souvent en remplacement du bois de rose dans les reformulations contemporaines) :

Le bois de hô intervient le plus souvent à doses modestes comme modulateur ou comme source de linalol naturel dans de très nombreuses compositions modernes, sans être systématiquement revendiqué comme matière dominante. Plusieurs fragrances classiques contenant historiquement du bois de rose ont été reformulées avec du bois de hô après l’inscription du bois de rose à la CITES : Chanel N°5, plusieurs grandes fragrances classiques de Chanel, Guerlain, Dior et d’autres maisons exploitent désormais le bois de hô comme remplaçant du bois de rose dans leurs formules.

Quelques fragrances de niche revendiquent plus explicitement le bois de hô comme matière signature : Bois de Rose (plusieurs maisons, en réalité souvent à base de bois de hô aujourd’hui), plusieurs compositions d’Hermès (notamment dans certaines Hermessence), de Lubin, de Diptyque, plusieurs Acqua di Parma Colonia, plusieurs créations de Mona di Orio.

Le bois de hô renseigne particulièrement bien le phénomène de substitution patrimoniale qui caractérise la parfumerie contemporaine : à mesure que les matières premières historiques deviennent inaccessibles (raréfaction, restrictions CITES, contraintes réglementaires), la profession identifie et développe des alternatives qui permettent de préserver les signatures olfactives caractéristiques sans remettre en cause la viabilité écologique et commerciale. Le bois de hô est en quelque sorte le successeur durable du bois de rose dans la palette moderne, et son rôle est appelé à s’étendre dans les prochaines décennies parallèlement à l’évolution des contraintes réglementaires et environnementales.

Stefane Girard
Stefane Girard
Spécialiste de la relation client et de la qualité de service, tout d’abord dans le tourisme puis dans d’autres secteurs en tant que consultant, j’ai également géré une société de vente en ligne d’articles de luxe. Tout au long de ma vie, j’ai étudié des sujets qui m’ont permis de développer une sensibilité pour l’esthétique et l’admiration du savoir-faire de ceux qui travaillent avec passion et talent à magnifier notre quotidien : les artisans d'art. Ce site me permet de partager avec vous mes centres d’intérêt et de rendre hommage à ces artisans de l’excellence.
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